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Alou Diarra, la sentinelle tranquille de l'équipe de France

Mathieu Grégoire, mis à jour le 23.06.2012 à 13 h 33

Il n’a pas de superpouvoirs, ses sens ne se sont pas démultipliés, et pourtant Alou Diarra joue les premiers rôles dans l’équipe de Blanc et dans le vestiaire des Bleus.

Alou Diarra tacle Ashley Young lors de France-Angleterre à Donetsk le 11 juin 2012, REUTERS/Yves Herman

Alou Diarra tacle Ashley Young lors de France-Angleterre à Donetsk le 11 juin 2012, REUTERS/Yves Herman

De longues jambes, d’interminables jambes. Voilà le principal atout d’Alou Diarra, milieu défensif de l’OM et de l’Equipe de France. Pas le pied droit, ni le gauche, non, juste ces échasses qu’il déploie pour pourrir une contre-attaque adverse, alors même que son vis-à-vis pense avoir fait le plus dur en prenant avec vivacité un mètre d’avance.

Laurent Blanc chérit le «cœur du jeu», son expression favorite depuis l’époque bordelaise pour désigner l’aube des actions de son équipe. Diarra est incapable de faire une bonne frappe, il peine à envoyer une passe précise à plus de huit mètres, il n’est pas rapide. Mais il sait protéger le cœur du jeu. Il confiait avant l’Euro:

«J’ai un registre unique, bien spécifique. Je ne suis pas là à organiser le jeu, mais pour compenser, ralentir les actions adverses, pour servir de deuxième rideau, pour soulager l’axe central. Un rôle de couverture, dans l’ombre. A côté de moi, il faut quelqu’un qui organise le jeu, car je fais le sale boulot. Tu ne peux pas prendre l’étiquette «sale boulot» et l’étiquette «organisateur», c’est soit l’un, soit l’autre. On ne peut pas être dépositaire du jeu d’une équipe, et en même temps la sentinelle

Diarra semble aussi immense que gringalet. C’est une mécanique fragile. Il met des bas de contention à l’entraînement pour améliorer sa circulation sanguine. Il préfère la chaise au tabouret pour s’adonner à l’interview.

Vieux routier

«Mieux pour mon dos», assure-t-il. Il parle bien, enfin, d’une langue de bois qu’il enrobe d’un ton franc en vous regardant dans les yeux et en se marrant parfois. Un vieux routier du football.

«Un garçon respectueux, intelligent, et qui prend les choses à cœur. A Lens, une défaite le minait, là où tant d’autres s’en foutaient», se souvient Francis Gillot, son ancien coach, qui officie aujourd’hui à Bordeaux. Mardi soir, dans le vestiaire bleu, Alou Diarra a dit le fond de sa pensée après la prestation indigne face à la Suède (0-2). Toute la saison ou presque, il avait fait le service après-vente après les rencontres de l’OM, tentant vainement de nous faire croire que les résultats s’amélioreraient. 

Certains suiveurs se demandaient parfois s’il ne se moquait pas de nous. Mais pour l’ouvrir vraiment, et balancer des vérités pertinentes, il faut avoir bien joué. Guère flamboyant à l’OM, Diarra le savait, donnait le change en bon professionnel des zones mixtes.  

Sur le terrain, il est plutôt adepte des coups de vice que des coups de sang. Il martyrise les mollets adverses, l’air de ne pas y toucher. Le Lillois Benoit Pedretti, pourtant pas un tendre, est passé à la lessiveuse en janvier dernier.

Viril

Roi du gri-gri provocateur, le Nancéen Yohan Mollo s’est pris trois taquets en un quart d’heure au Vélodrome et a littéralement arrêter de jouer. Les grandes gueules et ceux qui se prennent pour des Brésiliens, Diarra les ramène sur terre. Brutalement.

«Avec Alou, nous sommes les radars de l’OM, dès qu’un adversaire va trop vite dans notre zone, se projette trop rapidement vers l’avant, on le flashe et on lui met une amende», image le fantasque Stéphane Mbia, son collègue du milieu marseillais.

Après avoir pris un carton jaune en quart de finale aller de Ligue des champions face au Bayern Munich, avertissement le privant du retour, Alou Diarra avait eu cette analyse:

«Prendre un carton sur une faute comme ça, pfff, un petit croc en jambe, sans la moindre intention de blesser, une faute intelligente pour arrêter une contre-attaque… J’aurais préféré le prendre sur une intervention plus musclée.»

«Allo Diarra?»; «Alou maman bobo!» ; «Diarra, lequel? La sentinelle du FC Baumettes?» Depuis un an, les vannes ont fusé à Marseille, Diarra a mangé chaud. Trop juste physiquement, trop limité techniquement, seulement concentré sur les grands rendez-vous de L1 et de Ligue des Champions…

Pas le nouveau Vieira

Lui s’étonne qu’on fasse des montagnes russes avec ses performances. Ne retient que les critiques de son ami Souleymane Diawara, «un de mes rares amis dans le milieu, qui m’a toujours dit les choses en face depuis le centre de formation du Havre.» Sait parfaitement ses faiblesses, à bientôt 31 ans:

«Nan, je ne pourrais jamais jouer attaquant, même au foot à 5… il ne faut pas abuser, tu dois vraiment avoir le sens du but pour ça. Au pire du pire, milieu offensif.»

Ces dernières années, Alou Diarra a répété à maintes reprises: «Je ne suis pas le nouveau Patrick Vieira.» Un simple coup d’œil sur YouTube et les plus belles actions du grand Pat’ d’Arsenal suffit à le confirmer. Tant mieux pour Vieira.

Diarra, le «guerrier» de Laurent Blanc, trace sa route. «Avec toujours la rage de vaincre, la haine de la défaite, confie son petit frère Zanké. Il pouvait être mauvais perdant. Petit, quand je jouais dans son équipe, à Aulnay-sous-Bois, je savais qu’on était obligés de mettre des tôles à tout le monde. Sinon…»

Un sentimental

Après un passage éclair au Paris-SG, Zanké, même poste, plus de technique, bien moins de mental, évolue à Quevilly, la sensation de la dernière Coupe de France. Il a notamment éliminé l’OM en quart. A cette occasion, on avait d’ailleurs découvert une autre facette d’Alou le discret, qui n’alimentera jamais les gazettes people.

«Je ne voulais pas tomber sur Zanké, expliquait-il avant la rencontre. Lui est super excité, mais c’est une situation bizarre. Parce que je ne crois pas que je pourrais mettre le pied, le tacler durement comme un autre adversaire. Je suis un sentimental, au fond. Il m’a toujours soutenu, notamment quand j’étais au Bayern Munich, au début de ma carrière. C’était pas facile, je ne comptais plus les factures de téléphone…» Le fils d’Adama et Assa, qui ont quitté la banlieue de Bamako pour celle de Paris, est aussi pudique que tranquille.

Pendant l’enfance, certains copains enchaînent les conneries dans sa cité de la Rose-des-vents, à Aulnay. Lui est «à fond dans les Chevaliers du Zodiaque»:

«Ce dessin animé me rappelle des bons souvenirs, je le regardais avec mes frères, mes sœurs. Plus globalement, on ne loupait le Club Dorothée pour rien au monde. C’était un moment de partage. L’un des rendez-vous où les copains rappliquaient. Il y avait pas mal d’incruste aussi quand ma mère préparait le tiep bou dien (riz au poisson), mon plat africain préféré. Les potes débarquaient immanquablement, va savoir pourquoi!»

Et dans Olive & Tom, la série préférée des footballeurs en herbe, à qui s’identifiait-il? «J’aimais bien Mark Landers, le rival d’Olive et Tom, répond Alou. Un joueur tout en puissance, avec son tir du Tigre. Et surtout un personnage qui associe un côté dur, impitoyable arrogant, sur le terrain, et un côté très sentimental, avec sa famille. Il a perdu son père très jeune et aide sa mère à élever ses frères et sœurs, tout en travaillant pour rembourser les dettes contractés par son père.»

Diarra n’aura jamais le tir du Tigre de Mark Landers. Il ne sera jamais le plus talentueux des Bleus. Mais dans cette sélection aux egos boursouflés, un bon soldat n’est jamais de trop.

Mathieu Grégoire

Mathieu Grégoire
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Journaliste
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