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Equipe de France: les attaquants qui décrochent, c'est mal?

Olivier Monod, mis à jour le 18.06.2012 à 16 h 57

Benzema décroche, comme Anelka en son temps. Ce qui semble être un mal français est une manière de jouer existante dans d’autres équipes mais avec laquelle il faut savoir composer. Décryptage du décrochage.

Karim Benzema lors de France-Ukraine à Donetsk le 15 juin 2012, 	REUTERS/Felix Ausin Ordonez

Karim Benzema lors de France-Ukraine à Donetsk le 15 juin 2012, REUTERS/Felix Ausin Ordonez

La France a joué deux matchs lors de cet Euro et déjà un démon de la Coupe du monde 2010 ressurgit. Notre attaquant de pointe décroche. Karim Benzema, puisque c’est lui dont il est question, a même joué plus bas que Franck Ribéry lors du dernier match contre l’Ukraine. L’avant-centre du Real possédant une cote d’amour légèrement meilleure que son prédécesseur, Nicolas Anelka, auprès des journalistes, il n’a pas encore été descendu en flèche. Mais son comportement nous pousse à nous poser une question simple. Décrocher, c’est mal?

Qui décroche?

Tous les attaquants de pointe ne s’amusent pas à venir marcher sur les pieds de leurs milieux. En équipe de France, on s’aperçoit que Benzema a des statistiques d’occupation du terrain très proches de celles d’Anelka en 2010, là où Giroud reste beaucoup plus axial, dans un profil plus proche de celui du David Trézeguet de l'Euro 2000.

Cliquez sur le schéma pour le voir en grand

Au fond, c’est assez logique. Benzema et Anelka sont des joueurs plus techniques que Giroud. Ils aiment toucher la balle. Ce sont des joueurs de mouvement qui ont la capacité d’éliminer un ou deux défenseurs au milieu de terrain pour lancer les attaques. On pourrait presque penser qu’ils décrochent parce qu’ils n’ont pas confiance dans leurs milieux pour les abreuver de ballons. Une thèse longtemps soutenue dans le cas d’Anelka vis-à-vis du milieu de terrain Gourcuff. Dans le cas de Benzema, ce serait presque l’inverse. Il veut se rapprocher de ses potes pour combiner avec eux.

C’est quoi le problème?

Ok, on a compris. Des attaquants très techniques sont poussés à redescendre vers le milieu pour créer le jeu. En quoi cela mérite-t-il notre attention? A l’heure où les coachs parlent d’animation plus que de système de jeu, avoir des joueurs offensifs en mouvement est plutôt salutaire. Certes, mais n’oublions pas que l’objectif d’une attaque est de marquer un but. Pour se faire, il faut rentrer dans la surface de réparation avec le ballon (lors de la coupe du monde 2006, seuls 20% des buts ont été marqués en dehors des 16 mètres 50 - PDF).

L’attaquant de pointe étant supposé être le plus adroit devant le but, sa présence dans cette zone, avec le ballon, est primordiale pour l’équipe.

Ballons de Benzema lors de France-Angleterre

Comme on peut le voir sur le schéma ci-dessus, lors du match inaugural face à l’Angleterre, Benzema a joué 5 pauvres ballons dans la surface et jamais dans une position réellement favorable.

Comment on résout le problème ?

Maintenant que nous touchons le problème du doigt, essayons de le résoudre. Comme explicité plus haut, l’attaquant titularisé en pointe est, souvent, le joueur de l’équipe le plus adroit devant le but. C’est donc à lui de suivre les actions jusque dans la surface même s’il part de plus loin.

D’après les statistiques du nombre de ballons touchés dans la surface par les attaquants de pointe de l’euro, des attaquants comme Cristiano Ronaldo, qui n’est même pas attaquant de pointe avec le Portugal, et Robin van Persie, un attaquant très technique qui aime aussi participer au jeu, arrivent à toucher respectivement 19% et 21% de leurs ballons dans la zone de décision. Benzema, lui, pointe péniblement à 8%.

% de ballons touchés dans la surface adverse à l'Euro 2012

(après les matchs du 17 juin)

Résultat, il n’a pas encore marqué en deux matchs. Pour le moment, pas de panique, la France en est à quatre points et les milieux font le boulot de finition (Nasri, Ménez, Cabaye sont les trois buteurs de la France à l’Euro pour l’instant). Et lorsqu’il redescend sur le terrain, l'avant-centre pose un problème à la défense. Faut-il le suivre et fragiliser la ligne défensive ou le laisser seul apporter le surnombre au milieu?

S’ils font le choix de le suivre, un trou se libère momentanément dans la ligne défensive. Une faille qu’un milieu offensif peut exploiter en se projetant vers l’avant. C’est pourquoi toutes les équipes jouant avec un décrocheur jouent aussi avec un milieu capable de le suppléer. L’Espagne a Iniesta, numéro 6 sur le schéma.

Position moyenne des joueurs de l'Espagne contre l’Italie

Position moyenne des joueurs de la France face à l'Angleterre

Barcelone a Fabregas et la France a, depuis le match contre l’Ukraine, Ménez. Le Parisien, habitué à jouer sans attaquant de pointe en club est capable de prendre la profondeur que Benzema délaisse. On peut d'ailleurs voir sur le graphique ci-dessous que la position moyenne de l'attaquant des Bleus était plus basse que celle de Franck Ribéry contre l'Ukraine, et à peu près au même niveau que Samir Nasri et Jérémy Ménez.

Position moyenne des joueurs de la France face à l'Ukraine

Avoir un joueur capable de se projeter derrière un neuf qui décroche, voici la leçon que Domenech n’a pas appris en 2010, quand il alignait Ribéry, Gourcuff et Govou derrière Anelka. Ben ouais, on adore Sidney, mais devant le but, c’est pas ça!

Olivier Monod

Statistiques et graphiques fournis par:


Olivier Monod
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