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«Pourquoi un drone a-t-il tué mon petit-fils, citoyen américain?»

Remora drone / nuklr.dave via FlickrCC License by

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«J'ai appris que mon petit-fils de 16 ans, Abdurahman - un citoyen Américain - avait été tué par un drone américain dans les médias le lendemain de sa mort. Le missile l'a tué ainsi que son cousin et au moins cinq autres civils le 14 octobre 2011, alors qu'ils étaient en train de manger dans restaurant en plein air au sud du Yémen. [...] Près de deux ans plus tard, je n'ai toujours pas de réponse. Le gouvernement des Etats-Unis a refusé d'expliquer pourquoi Abdulrahman a été tué.»

Ce témoignage, publié dans le New York Times, est celui de Nasser al-Awlaki, ancien ministre de l'Agriculture au Yémen, dont le fils et le petit-fils ont été tués par des attaques de drone en 2011. Ce fut la première fois qu'une attaque ciblée des autorités américaines («targeted killing» en anglais) éliminait un citoyen américain. 

Le grand-père d'Abdurahman dresse le portrait de son petit-fils: 

«Abdulrahman est né à Denver. Il a vécu aux Etats-Unis jusqu'à ses 7 ans, ensuite il est venu vivre avec moi au Yémen. Il était un adolescent typique - il regardait les Simpsons, écoutait Snoop Dogg, avait lu Harry Potter et avait une page Facebook avec beaucoup d'amis.»

Ne comprenant pas les raisons de l'attaque contre son petit-fils, Nasser al-Awlaqi demande des explications aux autorités américaines et porte plainte à deux reprises:

«Le gouvernement a répondu que le programme d'attaque ciblée est au-delà de la saisine des cours de justice. Je trouve difficile de croire que ça peut être légal dans une démocratie constitutionnelle fondée sur un système de poids et contrepoids.»

Il devait saisir vendredi 19 juillet une cour fédérale pour exiger des explications de la part de l'administration Obama. Le père d'Abdurahman, l'imam Anwar al-Awlaki, était recherché par les autorités américaines pour ses liens présumés avec al-Qaïda. A partir de 2010, son nom apparaît sur la «kill list» du Pentagone, c'est-à-dire la liste des cibles que le gouvernement autorise à tuer.

L'utilisation des drones et la question des attaques ciblées fait polémique aux Etats-Unis. Un article publié en février 2013 sur Slate.com tentait de faire le point sur la légalité de ce type d'attaque:

«A droite, Eric Posner nous dit que le "white paper" sur les drones qui a fuité du département de la Justice confirme ce qui a longtemps été argumenté, à savoir que le président a le pouvoir de faire ce qu'il veut au nom du combat contre la terreur. A gauche, Mary Ellen O'Connell insiste sur le fait que les justifications du "white paper" sont tellement fausses qu'il y a peu de différences entre le département de la justice d'Obama justifiant les attaques ciblées, et celui de Bush justifiant la torture. Aucun n'a raison. Alors que la torture n'est jamais, sous aucune circonstance, autorisée par la loi, les attaques ciblées peuvent parfois l'être. La question -et elle est importante- c'est quand.»

Nasser al-Awlaki témoignait déjà dans une vidéo postée sur le site Democracy Now en juin 2013:

C. S-G

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