Etre journaliste freelance en Syrie, ça a un prix

Dans les ruines du centre d’Alep, le 1er août 2012. REUTERS/Goran Tomasevic

«Que vous écriviez depuis Alep, depuis Gaza ou depuis Rome, les rédacteurs en chef ne font pas la différence. Vous êtes payé le même prix: 70 dollars l'article.»

C'est ce qu'explique une journaliste italienne freelance, Francesca Borri, qui a couvert de nombreuses zones de conflits pour des journaux italiens. Elle rapporte les conditions de travail en Syrie.

«Dormir dans une base rebelle, sous les tirs de mortier, sur un matelas ou par terre, avec une eau jaune qui m'a donné le typhus, coûte 50 dollars la nuit; une voiture coûte 250 dollars la journée. Donc vous finissez par maximiser plutôt que minimiser les risques.»

Une assurance (1.000 dollars par mois) coûte trop cher. Un fixeur (personne qui connaît les lieux, vous en explique les danger, vous assiste) ou un traducteur aussi.

Et en plus de ces contraintes que tous les journalistes freelance subissent, Francesca Borri subit encore le sexisme. Elle raconte:

«Un soir, récemment, ça pillonnait de partout et j'étais assise dans un coin, portant sur mon visage la seule expression possible quand la mort peut arriver à tout instant, et un autre reporter vient me voir, me regarde de haut en bas et me dit: "c'est pas un lieu pour les femmes”. Qu'est-ce que vous voulez répondre à un type pareil? Idiot, ce n'est une place pour personne. Si j'ai peur, c'est parce que je suis saine d'esprit.»