France

Après «barrez-vous», «fichez le camp»: le message de Félix Marquardt aux jeunes de France dans le New York Times

Cécile Schilis-Gallego, mis à jour le 01.07.2013 à 19 h 07

DLD Conference 2012 - Day 2 / Hubert Burda Media via FlickrCC License by

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«Barrez-vous!» C'est le message que lançait Felix Marquardt en septembre 2012 dans une tribune cosignée avec Mouloud Achour et Mokless dans Libération. Les trois auteurs défendaient dans ce texte polémique l'émigration des jeunes Français à qui le pays n'aurait plus rien à offrir:

«Jeunes de France, ceci n’est pas une incitation à l’évasion fiscale mais à l’évasion tout court. Comme on dit au Maghreb et dans les quartiers les plus défavorisés de France, vos aînés vous prennent pour des ânes sans oreilles ("khmar bla ouinedine"). Leurs beaux discours dissimulent de plus en plus maladroitement une vérité bien embarrassante: vous vivez dans une gérontocratie, ultracentralisée et sclérosée, qui chaque jour s’affaisse un peu plus.»

Après une tournée des plateaux télé et un site dédié, voilà que Felix Marquardt remet le couvert, dans le New York Times cette fois («The Best Hope for France’s Young? Get Out», le meilleur espoir pour la jeunesse française, ficher le camp). Le message est en somme le même: la France serait un pays sclérosé qui n'a plus rien à offrir à sa jeunesse et la meilleure option resterait encore pour les jeunes de partir à l'étranger.

«Les jeunes Français doivent partir à l'étranger, travailler, voyager, voir comment les choses fonctionnent dans les cultures et les pays qui n'appliquent pas les mêmes vieilles règles –et ensuite revenir en France, réinjecter un peu de l'énergie et de l'enthousiasme qu'ils ont absorbés pour aider à réconcilier plus largement la population avec la réalité mondiale que la France fuit depuis bien trop longtemps.»

Il ajoute une nouvelle formule à sa communication: traditionnellement pays d'accueil, la France va devenir un pays d'émigration et elle doit s'y faire.

«Les Français ne sont pas habitués à l'idée que leur pays, comme tant d'autres en Europe, pourrait être un pays d'émigration –que les gens peuvent réellement vouloir en partir. Pour beaucoup de Français, c'est une notion très étrangère que, à travers le monde et à travers l'histoire, "voter avec les pieds" [c'est-à-dire faire pression en émigrant, NDLR] a été le moyen le plus efficace de voter.»

Selon Marquardt, l'émigration n'est pas une opportunité réservée aux jeunes privilégiés, diplômés des grandes écoles, mais est également une option offerte aux moins voire aux non-diplômés. Il reprend systématiquement le même triptyque: chauffeur, serveur, coiffeur. Tous vivent mieux à métier égal à l'étranger selon lui.

Mais le producteur de rap, ancien directeur de la communication du New York Times, est loin de faire l'unanimité et n'est pas forcément le mieux placé pour parler. En février 2013, le magazine Les Inrocks faisait le portrait d'un gosse de riche soutenu par papa/maman:

«Le petit Félix vit dans un quartier bourgeois de la capitale, voyage beaucoup, rencontre du beau monde. S’il ne connaît pas la misère, il en fait à ses parents: turbulent, mauvais élève, Félix se fait virer de toutes les écoles privées dans lesquelles on essaie de le caser.»

Aujourd'hui encore il tire sa forturne du réseautage à l'intérieur de milieux privilégiés expliquait en 2012 Libération qui le décrivait alors comme un «narcisse déconcertant».

C. S-G

Cécile Schilis-Gallego
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