France

Affaire Bettencourt: les anecdotes de Nicolas Sarkozy devant le juge

Grégoire Fleurot, mis à jour le 25.06.2013 à 16 h 32

Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Charles Platiau / Reuters

Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Charles Platiau / Reuters

Le site de la version française du magazine Vanity Fair, qui vient d’être lancée par le groupe de presse Condé Nast, publie ce mardi 25 juin son premier article «EXCLUSIF»: le texte intégral du procès verbal d’audition de Nicolas Sarkozy en tant que témoin assisté dans l’affaire Bettencourt.

Le 21 mars dernier, les juges bordelais en charge du dossier, emmenés par le juge Gentil, ont confronté l’ancien président de la République à quatre anciens employés de Liliane Bettencourt. A l’issue de l’audition, ils ont décidé de le mettre en examen pour abus de faiblesse sur la milliardaire.

Si la lecture des plus de 70.000 signes de questions et de réponses très précises sur les détails des agendas respectifs et des versions de chaque témoin est plutôt soporifique et n’apporte rien de nouveau sur le fond de l’affaire, le texte comporte quand même quelques anecdotes qui peuvent prêter à sourire, trois plus précisément.

Les problèmes d’audition de Liliane

Pour illustrer les problèmes d’audition de Liliane Bettencourt, Nicolas Sarkozy rapporte une conversation qu’il a eue avec la milliardaire, lors d’une rencontre évidemment antérieure à 2007, l’année sur laquelle portent les soupçons de financement illégal de sa campagne présidentielle:

«Avec Mme Liliane BETTENCOURT il était impossible de parler politique devant elle pour deux raisons: elle était sourde à un niveau profond et la politique ne l’intéressait pas. Je peux vous raconter une anecdote à propos d’un repas au domicile des BETTENCOURT avec mon ex-épouse Cécilia, et je crois que c’était avant que je ne sois ministre de l’Intérieur. Il y avait une dizaine de personnes et Mme Liliane BETTENCOURT me raconte qu’elle va partir avec André aux Seychelles, qu’elle aime nager. Et je lui dis que moi aussi, j’aime beaucoup nager. Et là, elle dit en s’adressant à André qu’il faut resservir le Maire, Nicolas SARKOZY, qui "aime beaucoup manger".»

Alain Weill demande une photo à Sarkozy pour ses filles

Pour prouver aux juges qui l’interrogent qu’il n’a pas rencontré Liliane Bettencourt le 10 février 2007, Nicolas Sarkozy leur détaille son agenda de ce jour, et notamment une rencontre fortuite avec un patron de presse transformé pour l’occasion en fan du candidat à la présidentielle:

«A 11h30, je suis à mon QG de campagne rue d’Enghien. Et il est noté “déjeuner au Polo de Bagatelle” à 13h, et je me souviens par miracle qu’en arrivant au Bagatelle, je tombe sur Alain WEIL, patron de BFM TV, sa femme et ses deux filles. Cela m’a marqué parce que je suis en campagne électorale et il me demande si ses filles peuvent se faire photographier avec moi.»

Le scud à Renaud Donnedieu de Vabres

Si Nicolas Sarkozy a la chance d’avoir des amis en politique, qui se sont regroupés dans une association, il n’est pas toujours très tendre avec ses anciens collaborateurs. Son ancien compère balladurien Renaud Donnedieu de Vabres sera ainsi ravi de découvrir que l’ex-président conseille aux juges qui l’interrogent de s’occuper de plus près de son cas, d’autant que l’ancien ministre de la Culture compte déjà à son actif deux mises en examen dans l’affaire Karachi:

«Quand vous interrogez Mme THIBOUT sur les enveloppes aux politiques, elle dit qu’on ne lui a pas demandé de remettre des enveloppes à M. SARKOZY. Elle dit aussi que l’une des personnalités qui venaient le plus souvent chez les BETTENCOURT était M. DONNEDIEU DE VABRES. Il n’a jamais été interrogé. Vous lui avez demandé si on devait en conclure que c’était lui qui avait reçu le plus d’enveloppes.»

Pas de trace de la «menace à peine voilée» au juge

A l’époque de l’audition, Le Parisien et Le Monde avaient rapporté l’ambiance extrêmement tendue qui régnait à la fin de la journée quand les juges ont signifié sa mise en examen à l’ancien président de la République, qui aurait réagi en promettant qu’il n’en «resterait pas là». Mais cet échange musclé avec le juge Gentil ne figure pas dans le document de Vanity Fair, ce qui corrobore la version du Monde de l’époque.

Le journal écrivait que face à la réaction «agressive et menaçante» de Sarkozy, le juge Gentil avait décidé de faire inscrire l’incident au procès verbal de l’audition avant de se raviser face à la colère de Thierry Herzog, l’avocat de l’ancien président.

G.F.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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