Monde

En Allemagne, l'infiltration à la Günter Wallraff fait école

Temps de lecture : 2 min

Günter Wallraff en janvier 2013 par Claude Truong-Ngoc via Wikimedia Commons.
Günter Wallraff en janvier 2013 par Claude Truong-Ngoc via Wikimedia Commons.

Le journaliste allemand Günter Wallraff, grand maître de l'infiltration, défenseur des opprimés, auteur du célèbre livre Tête de turc, devenu un classique du journalisme d'investigation, a présenté cette semaine le pilote d'une nouvelle émission télévisée de reportages undercover, Team Wallraff, sur la chaîne de télévision allemande RTL.

L'an dernier, il dénonçait les conditions de travail effroyables des livreurs de colis qui travaillent pour l'opérateur de transport GLS. Cette fois-ci, il s'attaque aux grandes chaînes d'hôtels de luxe qui emploient des femmes de chambres intérimaires pour un salaire de misère.

Mais face à l'impossibilité de pouvoir se grimer en femme de chambre, Günter Wallraff a envoyé une jeune journaliste de la chaîne RTL à sa place, Pia Osterhaus. Pendant huit mois, rapporte le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, la jeune femme a travaillé undercover pour plusieurs grandes chaînes d'hôtels allemands, pour un salaire moyen de trois euros de l'heure:

«Elle s'agenouille, va dans les recoins, sous le lit. Elle filme des situations. Elle filme des espoirs qui ne se réalisent pas. Cachée, elle filme une branche professionnelle dans laquelle les chambres coûtent de nombreuses centaines d'euros et qui sont nettoyées par des femmes qui pour la plupart viennent d'Europe de l'Est. Leurs espoirs et leurs rêves n'ont pas de valeur ici.»

Dans une interview au quotidien Der Tagesspiegel, Günter Wallraff se montre toujours aussi engagé dans sa manière d'envisager le rôle du journaliste:

«Le reportage doit mettre les hôtels sous pression afin qu'ils prennent leurs responsabilités. On doit pour cela leur faire endosser la responsabilité de ce que font les agences d'interim –un hôtel honnête emploie son personnel lui-même, au lieu de d'avoir recours d'une façon semi-criminelle à des sous-entreprises.»

Ces cinquante dernières années, Günter Wallraff a joué toutes sortes de rôles pour dénoncer les inégalités, se glissant dans la peau d'un travailleur immigré turc pour dénoncer le racisme quotidien et des conditions de travail extrêmes, d'un journaliste du tabloïd Bildzeitung, pour dénoncer le journalisme de caniveau, ou encore en SDF, en noir ou en employé d'usine...

A 70 ans, il se dit «un peu fier» de passer le flambeau aux jeunes générations de journalistes et de voir grandir une «génération Wallraff»:

«Parce que j'ai gagné les procès qu'il y a eu régulièrement contre moi, ma méthode fait désormais école. On a longtemps voulu la voir comme “condamnable”. Après un arrêt de principe rendu par la Cour fédérale dans le cas de mon rôle de reporter chez Bild, il est devenu clair qu'en cas de graves abus, on peut aussi filmer en caméra cachée et publier sous une autre identité

Annabelle Georgen Journaliste

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