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Mettre les mineurs en prison est vraiment une très mauvaise idée

Temps de lecture : 2 min

La balance de la justice représentée devant l'Assemblée Nationale Charles Platiau / Reuters
La balance de la justice représentée devant l'Assemblée Nationale Charles Platiau / Reuters

L’idéologie progressiste suggère de façon intuitive que la détention des mineurs n’est pas une bonne idée –que les jeunes gens mis en prison ne s’en trouveront pas mieux à leur sortie. Mais comment savoir si la prison elle-même est mauvaise, ou si, de toute façon, ces jeunes gens emprisonnés pour quelques délits que ce soit, donc déjà pas très bien partis, n’auraient pas échoué à s’intégrer dans la société avec ou sans détention?

C’est ce que se sont employés à découvrir deux économistes: Anna Aizer et Joseph J. Doyle, Jr., explique le Washington Post. Les chercheurs se sont focalisés sur le cas de jeunes comparaissant devant un tribunal de Chicago dont ils avaient remarqué que certains juges étaient plus prompts à condamner à des peines d’incarcération que d’autres, pour des actes similaires. Ils ont évalué de jeunes délinquants en fonction de leur passage devant un juge sévère ou non –juges attribués au hasard.

«Les résultats des chercheurs sont frappants», remarque le quotidien américain.

«Les enfants qui se retrouvaient incarcérés avaient 13% de chances de moins d’obtenir leur bac et 22% de chances de plus de refaire de la prison une fois adultes que les enfants qui étaient passés devant le juge mais avaient par exemple été placés sous liberté surveillée. (…) L’emprisonnement des mineurs semble créer des criminels, pas les stopper.»

Les Etats-Unis emprisonnent «six fois plus de mineurs que n'importe quel autre pays développé dans le monde», soulignait Marianne en 2012: «60.500 au moment où l'on écrit ces lignes. Mais 500.000 mineurs par an passent par les centres de détention.»

Situation française en évolution

En France, la justice des mineurs repose sur l’ordonnance du 2 février 1945. Un texte qui a subi un certain nombre de changements mais régit encore la délinquance juvénile.

L’article 2 précise encore que les sanctions pénales ne doivent être prononcées que «lorsque les circonstances et la responsabilité du mineur paraîtront l’exiger».

Julie Brafman expliquait en 2012 sur Slate.fr:

«Sa philosophie est claire: l’éducatif doit primer sur le répressif

Mais cette philosophie est mise à mal depuis une dizaine d’années. Pierre Joxe l’écrivait dans son livre Pas de quartier? Délinquance juvénile et justice des mineur:

«Depuis l’alternance de 2002, une véritable frénésie législative a déclenché un surarmement pénal et d’incessantes attaques contre le modèle «protectionniste» de l’ordonnance de 1945

Il dénonçait «la systématisation de la réponse rapide, par le renforcement des pouvoirs du parquet et par la diminution de la marge d’appréciation du juge des enfants».

Charlotte Pudlowski Rédactrice en chef de Slate.fr

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