Monde

Le journal d'Alfred Rosenberg, un dirigeant nazi condamné à mort au procès de Nuremberg, réapparaît

Marion Degeorges, mis à jour le 10.06.2013 à 16 h 09

Alfred Rosenberg par Bundesarchiv via Wikimedia Commons

Alfred Rosenberg par Bundesarchiv via Wikimedia Commons

Le gouvernement américain a mis la main sur 400 pages du très recherché journal d'Alfred Rosenberg, qui vont du printemps 1936 à l’hiver 1944. Bras droit et confident d’Adolf Hitler, Rosenberg a tenu un rôle clé dans l’extermination de millions de Juifs et d’autres prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale.

L'agence Reuters raconte que, d’après une première analyse, le journal apporterait un nouveau regard sur les entrevues entre Rosenberg et Hitler, mais également sur d’autres dirigeants nazis comme Heinrich Himmler et Hermann Goering.

Il pourrait contredire certaines thèses

Le musée du Mémorial de l’Holocauste de Washington a étudié une première fois le journal et ses conclusions sont prometteuses:

«Ce document est d’une importance capitale dans l’étude de l’époque nazie et de l’Holocauste. Une rapide analyse indique que le journal met en lumière plusieurs éléments clés de la politique du Troisième Reich. Il représente une source d’informations importante pour les historiens, et pourrait d’ailleurs confirmer mais surtout contredire certains documents déjà connus».

Il n’est pas encore précisé en quoi le journal pourrait infirmer certaines thèses établies par les historiens, et le musée insiste sur le fait que cette première analyse reste une ébauche.

Une chose est sûre: quelques détails sur le contenu du journal révèlent déjà certaines tensions au sein du haut-commandement allemand, en particulier sur la crise causée par le voyage de Rudolf Hess en Grande-Bretagne en 1941 ou sur le pillage systématique d’œuvres d’art juives à travers l’Europe, dont Rosenberg avait la charge.

Un procureur de Nuremberg voleur

Rosenberg était un des idéologues de la première heure du parti nazi, particulièrement sur les questions de «race». Il a dirigé le secteur Affaires étrangères du parti et en a édité le journal.

Beaucoup de ses notes à Hitler ont servi de preuves pendant le procès de Nuremberg, qui l’a reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Il a été pendu en octobre 1946 aux côtés de onze autres dirigeants nazis.

Mais après Nuremberg, le journal a disparu. L’un des procureurs, Robert Kempner, a longtemps été suspecté par les autorités américaines de l'avoir rapatrié outre-Atlantique, notamment parce qu’il en a cité quelques extraits dans ses propres mémoires… Sans que l’essentiel du journal ne fasse jamais surface.

Après la mort de Kempner en 1993, une dizaine d’années de guerres de succession ont ralenti la découverte du journal, jusqu’à ce que ses enfants acceptent de livrer des documents appartenant à leur père au Mémorial de l’Holocauste. Problème: lorsque les autorités sont venues le chercher en 1999, plusieurs milliers de pages s’étaient volatilisées. Le FBI avait alors ouvert une enquête.

De son côté, le musée avait retrouvé plus de 150.000 documents (mais pas le journal), dont certains chez l’ancienne secrétaire de Robert Kempner, qui habitait chez un universitaire du nom d’Herbert Richardson. C'est là, près de Buffalo, que, en début d'année, le musée et un agent du Homeland Security Investigations (une agence de sécurité américaine) ont fini par retrouver le journal.

Marion Degeorges
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