Monde

Son métier: retrouver les gens perdus de vue

Annabelle Georgen, mis à jour le 30.05.2013 à 15 h 39

Using a Magnifying Glass and Driving / mikekline via FlickrCC License by

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Un père jamais rencontré, une sœur avec qui on aimerait renouer le contact, un ami perdu de vue. Malgré les annuaires téléphoniques en ligne et les réseaux sociaux, beaucoup de personnes font chou blanc quand elles se lancent sur la piste d'un inconnu ou de quelqu'un qu'elles n'ont pas vu depuis des années. Retrouver des gens, c'est le job de Susanne Panter, une ancienne banquière allemande qui a ouvert une agence spécialisée, à laquelle l'hebdomadaire Die Zeit consacre un article.

En treize ans de métier, Susanne Panter a déjà retrouvé la trace de plus 2.800 personnes à travers le monde. Son taux de réussite est de plus de 90%. La durée des recherches est très variable, cela peut prendre quelques minutes comme plusieurs années. Comme elle l'explique:

«Il est déjà arrivé que je trouve quelqu'un dans l'annuaire.»

La plupart de ses clients sont des personnes qui ont été adoptées durant leur enfance et qui souhaitent faire la connaissance de leurs parents biologiques. Susanne Panter elle-même n'a fait la connaissance de son père biologique qu'à 18 ans et considère que personne ne peut vraiment savoir qui il est sans savoir d'où il vient. Une recherche coûte 700 euros si elle ne dépasse pas les frontières de l'Allemagne, auxquels il faut ajouter 200 euros si elles doivent se poursuivre à l'étranger.

Il lui est même parfois arrivé de déterrer de terribles secrets de famille, comme elle l'expliquait en 2008 au Süddeutsche Zeitung, comme quand elle a retrouvé dans le Colorado la mère de deux jumeaux allemands nés dans les années 1950. Cette dernière ne savait pas que ses deux enfants, nés hors mariage, étaient toujours en vie. Pour éviter que la honte ne s'abatte sur la famille, son père avait envoyé les bébés à l'orphelinat en lui faisant croire qu'ils étaient morts à la naissance.

Pour remonter la piste qui mène aux personnes que recherchent ses clients, Susanne Panter s'appuie souvent sur les registres pléthoriques dont regorgent dans les administrations du monde entier. C'est comme ça qu'elle est parvenue récemment à localiser le père biologique français d'un de ses clients allemands. Une enquête de voisinage dans la rue où il résidait 30 ans plus tôt lui a permis d'obtenir sa nouvelle adresse. L'homme a accepté de rencontrer son fils mais sans que sa famille soit au courant: musulman pratiquant, il ne voulait pas que ses proches apprennent qu'il a eu un enfant hors mariage.

Le métier de «chercheur de personnes» est encore peu commun en Europe. Susanne Panter a par exemple moins d'une dizaine de concurrents en Allemagne. Ce domaine est par contre très professionnalisé dans les pays anglophones, où des organisations publiques, les post-adoption services, viennent en aide aux personnes qui veulent retrouver leurs parents biologiques.

Lorsque qu'elle retrouve la trace de quelqu'un, Susanne Panter commence par lui envoyer un courrier. «La plupart y répondent», explique-t-elle, consciente que beaucoup le font par crainte de recevoir une visite impromptue de leur enfant caché. Elle n'a d'ailleurs pas d'états d'âme à leur mettre la pression:

«Beaucoup ne veulent rien briser dans la nouvelle famille de leurs parents. Mais en réalité c'est exactement le contraire: si quelqu'un a brisé quelque chose, dans ce cas c'était les parents biologiques eux-mêmes.»

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (344 articles)
Journaliste
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