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Pourquoi al-Suri, le théoricien d'al-Qaida, est-il libre?

Robin Panfili, mis à jour le 29.05.2013 à 12 h 35

Architect of Global Jihad / Good Reads

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Il s’appelle Abu Musab al-Suri, d’autres le surnomment «Le Syrien». Ancien conseiller d’Oussama ben Laden, proche des talibans, l’homme est connu pour être l'«architecte du djihad global» selon sa biographie signée par Brynjar Lia. Celui qui incarne aujourd’hui la principale source d’inspiration de toute une nouvelle génération de terroristes, selon Brynjar Lia, est désormais libre.

Le récit de cette libération est raconté par The Daily Beast. L’histoire commence en 2005 lorsque al-Suri est arrêté par les services de renseignement pakistanais qui le livrent, dans la foulée, aux Etats-Unis et à la CIA. Personne ne sait combien de temps il a été entendu et incarcéré par les services secrets américains. Personne ne sait, non plus, quand est-ce que l’administration américaine a décidé de transférer al-Suri en Syrie, aux mains du régime de Bachar al-Assad.

Ce que l’on sait, c’est que l’enjeu était diplomatique. A l’époque du transfert, la CIA voulait manoeuvrer avec Damas pour contrôler l’influence d’al-Qaida, explique le Daily Beast.

«Les Syriens posaient problème. Ils facilitaient la circulation des djihadistes vers l’Irak où les Américains et leur alliés trouvaient la mort par centaines. Mais on savait bien que les Syriens n’aimaient pas vraiment al-Qaida, ils se servaient juste d’eux pour semer le trouble chez leurs ennemis. Dans le même temps, Washington cherchait à coopérer avec Assad.»

Le but était simple, les résultats à obtenir un peu moins. En livrant al-Suri aux services syriens, les Etats-Unis entendaient favoriser une coopération de sécurité avec le régime d’Assad. L’accord officieux, voire clandestin, était en bonne route jusqu’à que les révolutions arabes se propagent en territoire syrien, explique The Daily Beast. Là, les espoirs d’un Assad en position de réformateur s’écroulent pour l’administration Obama lorsque le régime commence à combattre avec violence les rebelles. Toute la stratégie s’effondre et Bachar al-Assad libère Abu Musab al-Suri.

Citées dans The Telegraph, des sources locales expliquent le sens de cette libération: un signal clair d'Assad aux Etats-Unis et, par extension, à la communauté internationale qui condamne les agissements du régime.

«La libération semble indiquer que le régime met un terme à l’opération de sécurité conjointe avec les Américains, tout en libérant également ce qui représente une menace pour Washington.»

The Daily Beast s’interroge sur un autre point désormais: qui va encore faire confiance à al-Suri? Depuis 2005, il était emprisonné et questionné par des spécialistes de la manipulation au Pakisatan, aux Etats-Unis puis en Syrie. Même si ses idées rencontrent du succès, qui peut être sûr qu’il n’a pas été retourné? Qu’il ne travaille pas pour l’ennemi? L’auteur de l’article fait le rapprochement avec la série télévisée Homeland où un soldat américain rentre aux Etats-Unis, retourné par al-Qaida, pour y mener une entreprise terroriste. Il ajoute:

«A l’heure actuelle, il est préférable pour al-Qaida de voir al-Suri comme une légende plutôt qu’un idéologue en activité.»

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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