Monde

La lettre d'Aqmi à son employé ingérable Mokthar Belmokthar

Temps de lecture : 2 min

Mokhtar Belmokhtar. Image non datée.
Mokhtar Belmokhtar. Image non datée.

L'Associated Press a mis la main sur un trésor: une lettre d'une dizaine de pages envoyée par les pontes d'al-Qaida au Maghreb islamique à Mokhtar Belmokhtar, qui faisait partie de cette organisation jusqu'à sa démission en décembre 2012.

Cette lettre révèle beaucoup non seulement sur Mokhtar Belmokhtar, mais aussi sur le fonctionnement d'Aqmi, qui ressemble étrangement à celui d'une entreprise: ses responsables doivent écrire des notes de frais mensuelles, et envoient des lettres réprimandant leurs «employés» difficles, comme Mokhtar Belmokhtar.

En dix pages, les commandants d'Aqmi lui reprochent de ne pas répondre au téléphone quand ils appellent, de ne pas rendre ses notes de frais, de manquer des réunions et surtout de ne pas exécuter les ordres de ses responsables. L'AP a trouvé la lettre dans un immeuble anciennement occupé par les combattants d'Aqmi au Mali, et elle a été vérifiée par trois experts, dont l'ancien responsable de la lutte antiterroriste pour l'Afrique au Pentagone, Rudolph Atallah.

Les responsables enchaînent les critiques contre Belmokhtar en 30 points, notant qu'il refuse de suivre quiconque et veut uniquement être un leader, et rappelant surtout qu'il n'a obtenu que 700.000 euros pour la capture du diplomate canadien Robert Fowler, en 2008, et d'un de ses collègues. D'après la lettre, le commandement d'Aqmi avait renvoyé l'affaire devant al-Qaida, pour que les diplomates servent de monnaies d'échange dans la guerre américaine en Afghanistan, mais Belmokhtar a continué son affaire dans son coin:

«Plutôt que de suivre le plan que nous avions mis au point, il a mené l'affaire comme il l'entendait. Ici, nous devons nous interroger, qui a mal géré cet enlèvement important? [...] Est-ce que ça vient du comportement unilatéral de notre frère Abu Abbas [le nom de guerrier de Belmokhtar], qui a mené à une insuffisance éclatante: échanger un colis des plus important (des diplomates canadiens!!) pour un prix des plus ridicules (700.000 euros!!)»

D'après l'entreprise de renseignement internationale Stratfor, les gouvernements payent environ 3 millions de dollars par otage, rapporte l'AP.

La lettre vient confirmer ce que les experts avançaient au moment du départ de Mokhtar Belmokhtar, qui a fondé son groupe «Les Signataires du sang» en décembre dernier, et revendiqué avec eux deux opérations choc –l'attaque d'un site gazier algérien dans le Sahara en janvier, et d'une usine d'uranium au Niger en mai.

Le spécialiste du Mali Mathieu Guidère disait alors à SlateAfrique:

«Il aurait quitté l'organisation après une période d'hésitation et de réflexion. De toute façon, depuis la création d'Aqmi, note l'islamologue, il était perçu comme un "récalcitrant" aux décisions d'Abdelmalek Droukdel, le fondateur d'Aqmi, qu'il espérait remplacer à la tête de l'organisation.»

Et la lettre fait bien partie d'un échange de plusieurs courriers entre Belmokhtar et les dirigeants d'Aqmi sur une démission, seulement envisagée à l'époque.

Elle confirme également la distance entre Aqmi et al-Qaida:

«Tu connais les grands obstacles qui existent entre nous et le leadership central... Par exemple, depuis que nous leur avons prêté serment et jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons eu que quelques messages de nos emirs à Khorasan [le nom ancien de la région du Pakistan et de l'Afghanistan], des deux cheikhs, Ben Laden (que Dieu bénisse son âme) et d'Ayman [Al Zawahri]. Tout cela malgré les nombreuses lettres que nous leur avons envoyé.»

Cécile Dehesdin Rédactrice en chef adjointe

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