Partager cet article

La formule 1 est-elle devenue seulement un spectacle?

Mark Webber et Sebastian Vettel lors du Grand Prix de Malaisie, le 24 mars 2013. REUTERS/Tim Chong

Mark Webber et Sebastian Vettel lors du Grand Prix de Malaisie, le 24 mars 2013. REUTERS/Tim Chong

Les course de formule 1 ont-elles encore une dimension sportive, permettent-elles à la technologie et à la sécurité automobile de progresser, ou s'agit-il seulement d'un spectacle télévisé planétaire à vocation commerciale? Cette question est posée très sérieusement par l'expert en sport automobile de la BBC, Andrew Benson. C'est assez rare que les journalistes sportifs remettent en cause la crédibilité de la discipline qu'ils suivent… et qui les fait vivre.

Andrew Benson s'interroge sur la pertinence du sport mécanique et automobile numéro un à l'occasion du Grand Prix de Monaco qu'il décrit comme devant être «le test ultime de l'homme et de la machine. Ce sont les meilleurs pilotes du monde qui eux-même et leurs voitures vont à l'extrême limite sur un circuit qui demande une précision et un courahe hors pair à quelques millimètres des barrières et du désastre. L'ultime du sport extrême». Voila pour la passion.

Mais Andrew Benson ajoute immédiatement que derrière une façade rutilante, la Formule 1 est en crise. La course de dimanche sera sans doute pour lui une «procession à grande vitesse et un spectacle plus qu'une course». Selon de nombreux spécialistes et passionnés, le désir pour des raisons uniquement commerciales de faire des courses «divertissantes» d'un sport parfois critiqué pour connaître trop peu de rebondissements a privé la Formule 1 d'une partie de son âme.

Le principal responsable de cette situation est Pirelli, le fabricant des pneus des Formule 1. A la demande des autorités sportives, pour pimenter le spectacle, il fournit aux différentes écuries des pneumatiques qui s'usent en quelques tours et contraignent les voitures à s'arrêter de nombreuses fois aux stands pour chausser des pneus neufs. Résultat des courses: la voiture qui gagne n'est pas la plus rapide ou celle conduite par le meilleur pilote mais celle qui dégrade le moins vite ses pneus. Cela crée une grande incertitude sur les résultats, car personne ou presque n'est capable de prévoir quelles voitures et quels pilotes seront les plus économes avec leurs gommes. L'incertitude et les rebondissements sont au rendez-vous, mais ce n'est pas le plus rapide qui gagne.

Le triple champion du monde allemand Sebastian Vettel est devenu un critique véhément de son sport. «Piloter est devenu très différent de ce que nous savons faire et de ce que nous aimons faire». Son équipier, l'australien Mark Webber ajoute: «vous avez cinq tours vraiment rapide par week-end. Les améliorations apportées aux voitures le sont par les données télémétriques. Les sensations du pilote n'ont aucune importance. Les pneus sont l'élément le plus important». Certains accusent l'écurie Red Bull de Vettel et Webber, qui domine la compétition depuis plusieurs années, de faire campagne parce qu'elle craint de perdre son avantage. Mais Sebastian Vettel est en tête du championnat du monde.

Andrew Benson souligne aussi que les critiques ne sont pas unanimes. Que les écuries Lotus et Ferrari, par exemple, sont loin d'être mécontentes de la situation et qu'elles comptent bien en profiter d'ailleurs pour contester la suprématie de Red Bull et que finalement la Formule 1 a toujours connu des polémiques sur l'impact de la technologie et des règles sur la «pureté» de la course et du sport automobile.

Les sports professionnels sont par nature des spectacles et des industries. Mais dans le sport automobile, il est encore plus facile de changer les règles du jeu pour relancer l'incertitude et l'intérêt du public et des sponsors.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte