Life

Le yaourt grec pollue-t-il la planète?

Cécile Schilis-Gallego, mis à jour le 23.05.2013 à 18 h 02

Giant Food Stores #269 / Maurice Reeves via FlickrCC License by

Giant Food Stores #269 / Maurice Reeves via FlickrCC License by

Le marché du yaourt à la grecque est en pleine expansion aux Etats-Unis. A l'heure des régimes permanents, ce yaourt plus nourrissant –parce qu'il contient deux fois plus de protéines qu'un yaourt traditionnel– et moins calorique –parce qu'il contient moins de lactose, de lait et de sucre– séduit les consommateurs américains.  

L'industrie représente deux milliards de dollars annuels et la production à New York a triplé entre 2007 et 2013. Mais ce goût des Américains pour les yaourts grecs n'est pas sans conséquence, souligne le site Modern Farmer: la production s'accompagne d'un résidu acide dont les industriels ne savent que faire. C'est ce qu'explique le site de la radio publique américaine NPR:  

«Malheureusement pour les producteurs de yaourts grecs, leur petit-lait n'a pas autant de valeur que celui qu'on récupère en faisant du fromage. Le petit-lait de Fage ou Chobani [qui vendent des yaourts grecs, NDLR] contient moins de matière solide et il est plus acide. Jusqu'à présent, personne n'a trouvé le moyen d'en tirer profit.»

Pourquoi ce problème se pose-t-il plus particulièrement pour les yaourts grecs? Les quantités de petit-lait obtenues sont plus importantes que pour un yaourt normal, peut-on lire sur le site de l'hebdomadaire The Week. En effet, alors qu'une tasse de lait suffit pour produire une tasse de yaourt traditionnel, il faut au moins trois tasses de lait pour produire une quantité équivalente de yaourt à la grecque. 

Pour autant, pas question de reverser toute cette matière résiduelle dans les rivières, le dommage environnemental serait considérable. Modern Farmer explique: 

«Non seulement ça serait illégal, mais la décomposition du petit-lait est toxique pour l'environnement du fait de l'absorption d'oxygène qu'elle opère sur les courants et les rivières. Ça pourrait transformer une rivière en ce que les experts appellent une "mer morte", détruisant la vie aquatique sur des surfaces potentiellement très larges.»

Résultat: les gros producteurs paient pour se débarasser du problème. Chobani, par exemple, revend l'océan de petit-lait qu'il produit (60.000 litres par jour) à un fermier, Neil Rejman, qui tente de le mélanger à du fumier ou de nourrir ses vaches avec. 

Aucune réelle solution n'a été trouvée pour le moment. Un scientifique de l'université de Cornell aux Etats-Unis, Dave Barbano, explique cette désorganisation par l'accélération des ventes:

 «Comme la production de yaourts grecs a augmenté très rapidement, personne n'a vraiment eu le temps de prendre du recul et de regarder les autres solutions viables.»

 
Cécile Schilis-Gallego
Cécile Schilis-Gallego (105 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte