France

La France a mal à ses élites

Marion Degeorges, mis à jour le 23.05.2013 à 12 h 35

Bicorne hat Ecole Polytechnique par Marie-Lan Nguyen via Wikimedia Commons

Bicorne hat Ecole Polytechnique par Marie-Lan Nguyen via Wikimedia Commons

Le journaliste et écrivain Peter Gumbel a encore frappé. Cet «amoureux de la France», comme il se définit lui-même, aime tellement le pays qu’il est coutumier des titres catastrophistes: On achève bien les écoliers ou encore French Vertigo. Sa dernière marque d’affection en date est Elite Academy: Enquête sur la France malade de ses grandes écoles, dont le journaliste Ben McPartland nous détaille les bons mots du livre sur le site The Local.

Peter Gumbel a observé le système élitiste de l’intérieur grâce à quelques années d’enseignement à Science Po Paris. Pour lui, le pitch est simple: les élites formées et éduquées pour diriger la France sont en fait en train de la couler.

Pire, le lent déclin du pays serait pour grande partie causé par cet élitisme.

«Les Français s’en inquiètent et regardent autour, vers l’Allemagne par exemple. […] Mais s’ils veulent prendre leur place parmi les nations influentes, il va falloir régler ce problème.»

Une méthode ancrée

La société élèverait ses bonnes graines pour en faire des belles plantes dociles, et ce, dès leur plus jeune âge.

«En fait, la France prend simplement les enfants les plus intelligents de la classe et leur donne les clés de la réussite.»

Et selon Peter Gumbel, ses petites plantes n’atteindraient jamais la taille espérée. Pire, elles seraient handicapées.

«Ils sont peut-être intelligents, mais ils ne sont pas très doués pour gouverner un pays. Ce système ne leur apprend pas à penser différemment. Ils sont brillants, mais ils n’ont aucune aptitude sociale ou organisationnelle.»

France sclérosée

Pour Gumbel, ce système très sélectif est responsable de beaucoup de maux, dont le retard de développement des institutions. 

«Ils sont formidables pour rédiger des beaux rapports, mais ils ne sont vraiment pas les meilleurs pour mettre en pratique les conclusions de ces travaux. […] En termes d’administration, la France est 20 ans derrière tout le monde. Elle a raté toutes les plus grandes avancées du point de vue management à cause de ce système.»

L’élitisme irait même jusqu’à influencer l’opinion. Il serait la cause principale du désamour populaire envers les hommes politiques.

«Vous pouvez constater ça dans les récents sondages: ils montrent le manque de confiance que la majorité des Français a envers ses leaders.»

Liberté, fraternité

L’égalité ne serait pas aussi belle que les Français la perçoivent.

«La théorie en France, c’est que n’importe qui peut s’en sortir grâce à ses capacités intellectuelles. En réalité, ceux qui réussissent viennent tous du même milieu social élevé et influent […]. En fait, vos chances de réussir dans la vie dépendent des écoles que vous avez faites.»

Malgré ce tableau noirci, Peter Gumbel jure ne pas s’adonner là à du «french-bashing» et il constate même des progrès récents.

«Les Grandes Ecoles ont réalisé qu’elles étaient loin derrière. Elles ont commencé à développer les échanges internationaux et à sélectionner des élèves d’origines sociales variées.»

Des progrès sont attendus par Peter Gumbel, peut-être arriveront-ils à temps pour empêcher le peuple de passer toutes ses élites à la guillotine.

Marion Degeorges
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