Quand John F. Kennedy était fasciné par l'Allemagne nazie

JFK en 1963 / Cecil Stoughton, White House via Wikimedia Commons

Quand il prononça la phrase devenue mythique «Ich bin ein Berliner» il y a 50 ans à Berlin-Ouest (voir la vidéo ci-dessous), en pleine Guerre froide, ce n'était pas la première fois que John F. Kennedy foulait le sol allemand. L'ancien président s'était déjà rendu à plusieurs reprises en Allemagne dans sa jeunesse, à l'époque du troisième Reich, et à en croire ses carnets de voyage et les lettres envoyées à ses proches, il avait alors été fasciné par ce qu'il y avait vu, explique Der Spiegel.

Pour la première fois, ces écrits méconnus paraissent traduits en allemand, réunis dans le livre John F. Kennedy - Unter Deutschen. Reisetagebücher und Briefe 1937-1945 (Parmi les Allemands. Carnets de voyages et lettres 1937-1945) par Oliver Lubrich, professeur de littérature à l'Université de Berne. John F. Kennedy est venu trois fois en Allemagne durant sa jeunesse.

D'abord à l'été 1937, en compagnie d'un de ses camarades d'université. Durant leur «grand tour» qui les voit arpenter l'Europe pendant trois mois, les deux jeunes hommes de 20 ans visitent l'Allemagne nazie. Début août, il écrit dans son carnet de voyage:

«Arrive à la conclusion que le fascisme est ce qu'il faut à l'Allemagne et à l'Italie.»

Le 21 août, il écrit:

«Les Allemands sont vraiment trop bons –c'est pourquoi on s'attroupe contre eux pour se protéger.»

Un jour plus tard, il s'émerveille au sujet des autoroutes allemandes:

«Ce sont les meilleures routes du monde.»

Kennedy est revenu deux ans plus tard en Allemagne, quelques mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, pour y faire des recherches dans le cadre de sa thèse universitaire, puis peu après la capitulation, à l'été 1945, cette fois-ci en tant que reporter pour des médias anglophones. Mais là encore, il semble encore fasciné par le troisième Reich et Hitler. Après avoir visité l'Obersalzberg, en Bavière, la montagne sur laquelle Hitler avait son «nid d'aigle», il écrit le 1er août 1945:

«Celui qui a visité ces deux lieux [l'Obersalzberg et le Kehlsteinhaus, NDLR] peut s'imaginer aisément la façon dont Hitler parviendra à s'extraire de la haine dont il est aujourd'hui l'objet pour être considéré comme l'une des personnalités les plus importantes à avoir existé.»

Dans une interview à Deutschland Radio Kultur, Oliver Lubrich, l'auteur du livre consacré aux voyages de J.F. Kennedy en Allemagne, relativise tout de même la portée de ces écrits:

«Ce n'était pas un admirateur [d'Hitler] mais je pense que ce que Susan Sontag a décrit plus tard comme la fascination morbide, érotique, et aussi en partie esthétique que le fascisme exerce aussi sur des gens qui n'étaient eux-mêmes pas des nazis sur le plan politique, correspond très bien à Kennedy.»

Der Spiegel rappelle d'ailleurs que Kennedy n'est pas le seul voyageur américain à avoir succombé à cette fascination étrange pour la façon dont le fascisme était mis en scène, citant par exemple le réalisateur Julien Bryan, qui a documenté la vie quotidienne des chef nazis sous le troisième Reich, et Martha Dodd, la fille de l'ambassadeur américain en poste à Berlin entre 1933 et 1937, que son père surnommait «le jeune nazi», et qui raconte son admiration pour les nazis dans une autobiographie intitulée Nice to meet you, Mr. Hitler!.