Economie

James Passin, l’Américain qui a racheté la Mongolie

Marion Degeorges, mis à jour le 22.05.2013 à 11 h 53

Chinggis Khan par Alastair Rae via Flickr CC

Chinggis Khan par Alastair Rae via Flickr CC

«Je suis méga optimiste pour la Mongolie», lance James Passin à Brett Forrest, journaliste de Bloomgerg. Et il a toutes les raisons de promouvoir la Mongolie, James Passin: son futur en dépend.

A 41 ans, James Passin gère 130 millions de dollars sur trois fonds différents, pour le compte de Firebird Management, une firme spécialisée dans les marchés émergents. Il contrôle également quatre compagnies cotées à la Bourse mongole, dans le charbon, le fluor et l’immobilier. Sans compter plusieurs entreprises privées.

Il a flairé le boom économique

Après un diplôme en philosophie, il entre à Firebird en 1999, où il est spécialisé dans l’acquisition de ressources naturelles. En 2005, il se lie d’amitié avec un champion de sumotori mongol et accepte son invitation à Oulan-Bator, la capitale. Passin se souvient:

«C’était très endormi. Le marché était primitif.»

Après une rencontre avec un entrepreneur minier canadien qui s’apprêtait à exploiter des ressources minières dans le désert de Gobi, Passin a senti le vent tourner.

«J’ai vu qu’il allait transformer l’économie et créer un grand boom économique. J’ai flairé que le marché allait passer de la viande et du cachemire à la mine et aux fonds d’investissements.»

Des Mongols naïfs

Pour faire son trou, il s’est concentré sur la Bourse encore balbutiante de la Mongolie. Grâce à plusieurs holdings, Passin et Firebird ont commencé à acheter énormément de parts. Face à eux, aucune restriction, aucune loi sur la concurrence. Le crédo de James Passin:

«Prendre le contrôle. Vider le conseil d’administration. Injecter du capital.»

Les Mongols n’avaient jamais croisé la route d’un Passin avant. Sclérosés par le régime communiste précédent, ils découvraient tout juste le développement industriel moderne. Et ils ont fait confiance à l’investisseur américain, comme le raconte un autre investisseur, mongol:

«Parfois il nous disait "vous avez tort", et nous n’aimions pas entendre ça. Mais il avait beaucoup d’expérience dans les économies émergentes, donc il savait ce qu’il faisait.»

L'entrepreneur chef d'«armée»

A l’est d’Oulan-Bator, une énorme statue de Gengis Khan haute de 15 étages est devenue le lieu de pèlerinage par excellence pour beaucoup de Mongols. En 2009, James Passin a acquis des parts dans le monument en finançant une partie de sa construction. Depuis, il rêve en grand. Comme le raconte Brett Forrest, James Passin est tellement optimiste à propos de de la Mongolie qu'il s'apprête à «lever une armée»:

«L’entreprise qui exploite la statue est en train de construire 10.000 soldats en terracotta, dans le pur esprit Qin Shi Huang, qu’elle disposera ensuite autour de Gengis Khan (...) Passin envisage de commander des soldats à son effigie et à celle de ses employés: tout un bataillon de Firebirds.»

Se comparant avec le guerrier mongol, James Passin réaffirme ses ambitions économiques pour le pays:

«Je serai là jusqu’à ma mort. Ou jusqu’à ce que je n’ai plus envie d’investir.»

Mais les choses risquent de changer: cette année, le gouvernement mongol a durci la donne sur les investissements étrangers et alourdi les taxes sur le minerai. De moins en moins d’investisseurs comme Passin s’enthousiasment pour la Mongolie, malgré ses 130 milliards de tonnes de charbon, entourés de fer, de cuivre, d’uranium, d’argent, de fluor en abondance. Le tout pour une valeur estimée à plusieurs milliers de milliards de dollars.

Marion Degeorges
Marion Degeorges (57 articles)
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