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Pourquoi la Chine reproduit-elle des villes occidentales sur ses terres?

Robin Panfili, mis à jour le 17.05.2013 à 12 h 35

Village de Hallstatt en Autriche / Nick Csakany

Village de Hallstatt en Autriche / Nick Csakany

Dialogue inter-culturel ou simple coup commercial et immobilier? L’apparition en Chine de villes ou de monuments occidentaux, copiés au détail près, pose beaucoup de questions sur la volonté du régime chinois de faire sortir de terre ces répliques architecturales. La tour Eiffel et ses immeubles haussmaniens, la ville écolo de Anting (en Allemagne) ou Florence (Italie) y sont reproduits à l’identique (voir ici).

Ci-dessous, vous pouvez voir la reproduction de la tour Eiffel et ainsi que le Tower Bridge de Londres.

Mais c’est surtout la copie du village autrichien de Hallstatt, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, dans la province de Guangdong qui a mis en lumière ce phénomène urbain. En mai 2011, le maire de la petite ville apprenait, par surprise, ce projet de duplication lorsqu’une compagnie immobilière chinoise est entrée en contact avec une délégation autrichienne à Hong-Kong pour lui proposer un partenariat, expliquait Der Speigel.

Pour comprendre le phénomène, Pacific Standard a interrogé par mail Sebastian Acker et Phil Thompson, deux architectes à l’origine de bon nombre de ces reproductions (dont le fameux village de Hallstatt). Ils expliquent la prolifération de ces projets par les changements dans la société chinoise et l’enrichissement des classes moyennes et supérieures.

«Une partie de ces classes est devenue très riche et très vite. Ces gens voulaient un moyen de mettre en valeur leur patrimoine. Chose qu'ils ont le droit de faire dans la Chine moderne, mais qui aurait été impossible sous Mao.»

D’après eux, la construction de buildings à outrance pousse les Chinois qui en ont les moyens à s’installer dans ces villes-répliques.

«Paradoxalement, c’est le côté copier-coller qui rend ses constructions uniques sur le marché de l’immobilier.»  

Outre la tradition historique chinoise de la reproduction dans l’art et l’architecture, les deux architectes évoquent l’épineuse question de la propriété intellectuelle.  

«Toutes les villes et les bâtiments que nous avons reproduits sont trop anciens pour être encore protégés par le droit de la propriété intellectuelle des pays concernés. Il reste quelques aspects que l’on ne peut pas copier, comme l’éclairage de la tour Eiffel.»

Mais ces copies sortent de terre sans que l’on ne s’en rende toujours compte. A l’image du maire de Hallstatt, le propriétaire du bar du Cobb Gate Fish Bar de Thames Town, un village anglais, a appris avec stupéfaction que son bar avait été copié, relate The Telegraph. L’enseigne est devenue le Cob Gate Fish Bar, à Shanghai, avec la même façade, la même architecture. Seul un «b» à Cob et une fenêtre oubliée marquent la différence.

A Dubai, la réplique urbaine a aussi fait son chemin: en 2001, la construction d’une copie de la ville de Venise commençait pour donner vie au complexe touristique de Madinat Jumeirah.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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