Life

Les liens entre suicide et profession ont évolué

Marion Degeorges, mis à jour le 14.05.2013 à 12 h 36

Le Paysan de Paul Cézanne par Deflam via Flickr CC

Le Paysan de Paul Cézanne par Deflam via Flickr CC

Le suicide est de moins en moins lié à la profession, mais de plus en plus au niveau social. C’est ce que révèle une nouvelle étude commentée par le journaliste et scientifique Christian Jarrett, sur son blog Research Digest.

Pendant longtemps, le risque de passage à l'acte était favorisé par les métiers qui offrent un accès direct aux armes, aux médicaments ou aux étendues d’eau.

Une nouvelle étude britannique menée par le Docteur Stephen Roberts montre que la tendance a changé: les suicides ne sont plus à imputer au corps de métier, mais au milieu social. Au début des années 1980, les dentistes, docteurs, pharmaciens, vétérinaires ou paysans étaient dans le top 15 des professions avec le plus haut taux de suicide, selon la théorie de «l’accès facilité» aux armes, médicaments, etc. Mais en analysant les données des années 2000, aucune de ces professions n’apparaissait dans le nouveau top 30. Elles ont été remplacées par les métiers manuels comme mineur, constructeur, laveur de vitres, plaquiste ou éboueur.

L'importance du milieu social

Parmi les évolutions les plus radicales, on découvre le cas des employés de pompes funèbres: +274% de suicide entre les années 1980 et les années 2000. Ce phénomène est sans doute propre à la Grande-Bretagne. L’année dernière, The Guardian déplorait des conditions de travail particulièrement douteuses dans le secteur.

Autre tendance marquante, les professions dont le taux de suicide a le plus baissé sont dans les secteurs d’activité que la crise n’a pas vraiment affectés, comme l’ingénierie électronique ou l’hôtellerie.

Les conditions socio-économiques sont donc désormais un facteur à prendre au sérieux en termes de suicides: les petits revenus ont tendance à plus passer à l'acte.

En France, cette problématique a souvent été évoquée dans le cas des suicides en milieu agricole. Fin 2009, le Figaro faisait état d’une chute historique du revenu des agriculteurs. Et en avril 2010, il titrait: «Un paysan français se suicide chaque jour». Moins d’un an plus tard, Le Monde confirmait en comparant le taux de suicide chez les agriculteurs et chez les cadres. Pourtant, selon cette nouvelle étude britannique, le suicide des fermiers a reculé de 38,2% en Grande-Bretagne.

Cibler la prévention

Le but d’une telle recherche, selon le Docteur Roberts est «d’aider à cibler la prévention contre le suicide en fonction des groupes socio-économiques». Dans l’Hexagone, la question a déjà été soulevée. En 2011, Libération publiait «l’Appel des 44 pour la création d’un observatoire des suicides», qui déplorait le manque d’outils d’observation (dont dispose par exemple en Grande-Bretagne) et d’études sur les facteurs aggravants selon les catégories et les évènements. Ici, quelques travaux ont déjà été menés sur le sujet, mais l’Appel des 44 réclame une structure reconnue et indépendante, sous la houlette d’une mission interministérielle. Aujourd’hui cet appel comptabilise un peu plus de 3.000 signatures.

Marion Degeorges
Marion Degeorges (57 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte