Culture

Depeche Mode, icône des jeunes Allemands d'ex-RDA

Temps de lecture : 2 min

Dans les années 1980, les fans les plus fidèles du groupe britannique Depeche Mode se trouvaient sans conteste derrière le Mur de Berlin, écrit cette semaine l'hebdomadaire Die Zeit. Bien qu'ils n'aient à cette époque pratiquement pas accès à ses disques, qui se vendaient à prix d'or sur le marché noir, et que le voir sur scène leur semblait alors impossible, les jeunes Allemands d'ex-RDA, fascinés par son esthétique étrangement familière, portaient ce groupe aux nues:

«Sur de nombreuses photos, le groupe posait en ce temps là devant des sites industriels, par endroits avec de lourds marteaux de forgeron. Cette esthétique industrielle grise était la réalité quotidienne de nombreux apprentis à l'Est, car ils trimaient dans un des nombreux et insalubres ateliers de métallurgie. C'est ainsi qu'un rapport particulier entre leur esthétique et les conditions de vie des jeunes en RDA s'est constitué, sans que le groupe n'en ait jamais eu l'intention. Cela aidait à se représenter la grise réalité de l'Est d'une façon plus colorée.»

Preuve de l'engouement de la jeunesse d'ex-Allemagne de l'Est pour Depeche Mode, quand le groupe sort l'album Music For The Masses en 1987, sur la pochette duquel sont photographiés des mégaphones rouges, l'ancienne dictature communiste doit soudain faire face à une série de vols inexpliqués:

«Des mégaphones ont été volés partout par les fans de Depeche Mode, dans les entreprises et même dans les gares, et ceux-ci, peints en rouge orangé criard, ornèrent ensuite diverses chambres d'ados.»

Au point que la Stasi lance une enquête en 1988 pour trouver les «coupables» de ces vols, persuadée que les mégaphones allaient être utilisés comme outil de propagande par des ennemis du régime. Les recherches n'ont heureusement jamais abouti.

Mais en 1988, un an avant la chute du Mur, le miracle se produit. La section de Berlin-Est de la FDJ (Freie Deutsche Jugend), le mouvement de jeunesse officiel du régime, parvient à inviter le groupe à se produire à Berlin pour le concert qu'elle organise à l'occasion de son 42ème anniversaire.

Pour éviter que le concert soit interdit, le nom de Depeche Mode ne figure pas sur les billets. Mais la nouvelle se répand parmi les jeunes et les places se vendent à des prix insensés sur le marché noir, certains échangeant même leur mobylette ou leur Trabant, petite voiture mythique de l'ex-RDA. Car à cette époque, chacun pense que ce sera la seule et unique occasion de voir Depeche Mode sur scène. Comme le raconte un des fans qui a pu assister au concert à Der Spiegel :

«C'était comme si des extraterrestres avaient atterri pendant 90 minutes pour disparaître à nouveau. Et tous se tenaient là et se demandaient si ça avait vraiment eu lieu.»

Annabelle Georgen Journaliste

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