Monde

En Allemagne, une femme de ménage polonaise virée parce qu'elle n'utilisait pas de produits écolo

Annabelle Georgen, mis à jour le 11.05.2013 à 16 h 35

No entry for big-haired cleaning ladies. lorentey via Flickr CC License by.

No entry for big-haired cleaning ladies. lorentey via Flickr CC License by.

Parce qu'elle n'achetait pas de produits d'entretien vegans et utilisait des lingettes nettoyantes jetables, une femme de ménage polonaise a été mise à la porte par un couple de retraités berlinois qui l'employait, rapporte le magazine Stern.

C'est par courrier qu'Anka K. (prénom d'emprunt sous laquelle l'hebdomadaire la présente), âgée de 54 ans, qui fait chaque jour la navette entre la Pologne et Berlin où elle travaille comme femme de ménage chez des particuliers qui la paient huit euros de l'heure au noir, a appris qu'elle était renvoyée. Une longue lettre aux relents racistes l'attendait sur la table de la cuisine, dans laquelle ses employeurs, des instituteurs à la retraite, lui reprochaient de ne pas utiliser des nettoyants écologiques qu'ils attendaient qu'elle achète elle-même, sans la moindre augmentation:

«Il est peut-être d'usage dans votre pays d'origine de ne pas se soucier des intérêts écologiques, mais ici chez nous on a une approche écologique, durable, afin de protéger notre environnement. C'est exactement la même chose en ce qui concerne l'économie domestique. Vous connaissez peut-être le slogan "Think globally, act locally". C'est de l'anglais et ça ne signifie rien de moins que "Penser global, mais agir régional".»

Quelques lignes plus bas, le couple de retraités, qui n'a visiblement pas peur du ridicule, dégaine un argument-choc:

«Notre chat Rosa a l'air égaré chaque fois que vous quittez notre appartement. C'est pourquoi nous avons décidé de mettre un terme au contrat de travail en ce jour. Laissez s'il vous plaît les clefs sur la table de la cuisine.»

Et il va même jusqu'à exhorter la femme de ménage à rentrer dans son pays:

« Peut-être devriez-vous aussi songer à trouver un emploi en Pologne afin de ménager notre environnement et de ne pas l'abîmer comme vous le faites en faisant la navette –en voiture– en permanence. »

C'est le journaliste berlinois Ramon Schack qui a eu vent de cette histoire tout aussi absurde que cruelle alors qu'il faisait des recherches dans le cadre d'un projet de livre sur le quartier de Neukölln, où résident les anciens employeurs d'Anka K.

Comme il se fait un plaisir de l'expliquer au magazine Vice, il a eu l'occasion de visiter leur domicile en compagnie de celle-ci le jour où elle s'est faite virer. Un grand appartement ancien où trône un portrait photo de Joschka Fischer, figure emblématique des Verts allemands à leurs débuts. Il met le doigt sur leurs contradictions:

«À l'extérieur, ils se présentent en fait comme étant très à gauche et ouverts sur le monde. Le chat s'appelle Rosa et le canari Karl, cela vient vraiment de Rosa Luxembourg et de Karl Marx, parce qu'ils ont un sentiment d'obligation vis-à-vis des idéaux de 68.»

Article actualisé le samedi 11 mai 2013: contrairement à ce que nous avons écrit dans une première version, le canari s'appelle Karl et non Marx.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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