Économie

Les ghettos urbains sont un problème, même pour les riches

Temps de lecture : 2 min

Plan schématique des lignes du Grand Paris Express. Société du Grand Paris
Plan schématique des lignes du Grand Paris Express. Société du Grand Paris

Publié au printemps dans la revue Urban Studies, un article du professeur de géographie de l’université de Caroline du Nord Harrison Campbell attire l’attention sur les effets négatifs de la ségrégation urbaine pour l’économie américaine.

Lorsque les taux de pauvreté et de ségrégation sont élevés dans les aires métropolitaines, la performance économique est moindre que dans les espaces moins ségrégés. Par ségrégation, l’auteur entend le regroupement dans certains quartiers délaissés d’individus en fonction soit de leur couleur de peau, soit de leur origine ethnique ou encore de leur niveau socio-économique. Depuis que la métropolisation s’accentue, augmentant toujours plus la distance entre lieu de résidence et lieu potentiel d’emploi, les individus coincés dans des quartiers défavorisés sans accès à l’emploi sont plus isolés que jamais.

La nouveauté de cette approche, écrit The Atlantic qui en relate les résultats et les enjeux, c’est de montrer que cette inégalité territoriale a des effets négatifs pour l’ensemble de la population, y compris la population éduquée et aisée qui réside dans les quartiers riches des capitales régionales ou de leurs banlieues.

L’économie des métropoles repose sur un marché du travail diversifié, mettant côte-à-côte des emplois très qualifiés et des métiers qui le sont peu: cadres supérieurs et chauffeurs de taxi, chercheurs en biologie et agents de sécurité, etc. Un équilibre qu'il devient difficile de maintenir quand la ségrégation est trop importante, et les publics défavorisés trop éloignés de l'emploi.

Pour Campbell, la solution principale réside dans l’offre de transports publics, afin de rapprocher ces poches de ségrégation des zones d’emploi.

En Ile-de-France, région qui alterne zones d’emploi attractives et poches de pauvreté, le projet de transport du Grand Paris se présente comme un moyen de contribuer au rayonnement économique de la métropole, mais aussi de désenclaver des populations de quartiers populaires.

C’est du moins ce qu’espèrent des maires de banlieues ségrégées, comme le médiatique maire de Sevran, Stéphane Gatignon, qui précisait dans une tribune publiée sur Rue89:

«Nous devons sortir de la ghettoïsation, de cette politique urbaine menée depuis l’après-guerre par les gouvernements successifs, qui n’a fait que structurer la ségrégation spatiale en spécialisant à outrance les territoires: là le travail, là le logement pour les riches, là celui pour les pauvres.»

Une argumentation qui rejoint celle du chercheur américain: la problématique de la ségrégation n’est plus vraiment celle de la charité, mais du développement économique de l’ensemble des territoires…

Construire un métro circulaire autour de Paris, «ce n’est pas seulement, comme on le dit trop souvent, un transport de rattrapage pour ceux que l’on a trop longtemps ignorés. Non, la ligne rouge ce n’est pas l’aumône faite aux déshérités! C’est la ligne du développement, du dynamisme de la nouvelle urbanité», concluait Stéphane Gatignon.

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