Culture

Quand on aimait les pigeons

Annabelle Georgen, mis à jour le 24.04.2013 à 16 h 20

Pigeon / Aurelijus via FlickrCC Licence by

Pigeon / Aurelijus via FlickrCC Licence by

Ils sont partout. Dans les rues, dans les squares, sur les terrasses de café et les parvis des églises, et même dans les couloirs du métro, comme le montrait le cinéaste Chris Marker dans sa flânerie parisienne Chats perchés. Il n'y a guère que Benoît Poelvoorde dans C'est arrivé près de chez vous pour les encenser. Car l'écrasante majorité de l'humanité, c'est bien connu, hait les pigeons. Ces pauvres volatiles qui n'ont rien demandé à personne écopent des surnoms les plus vils, de «parasite» à «pollueur». Les Allemands, qui les détestent au moins tout autant que les Français, les affublent même d'un sobriquet qui en dit long sur leur degré de dégoût des pigeons: «Ratten der Lüfte», les rats des airs.

Certains citadins nourrissent une telle haine pour ces volatiles qu'ils en viennent à les attaquer. C'est ce qui s'est produit début avril à Tübingen, petite ville au bord du fleuve Neckar, dans le sud-ouest de l'Allemagne.

Comme le rapporte le quotidien local Schwabisches Tagesblatt, un homme a attaqué un pigeon sur un pont de la ville en le rouant de coups de pieds. Quand une passante est intervenue, il a jeté l'animal à l'eau. Il a été retrouvé noyé. L'homme a pris la fuite et est depuis recherché par la police. L'association de défense des animaux Peta a même promis une récompense de 500 euros à toute personne qui permettrait d'identifier l'agresseur.

Pourtant, comme le rappelle le magazine Focus, le pigeon était autrefois très apprécié dans nos sociétés:

« [Cette] image négative […] s'est seulement développée au cours des dernières décennies. Car jusqu'alors, ces animaux étaient considérés comme une incarnation de la paix et de la douceur, leurs becs comme le symbole de la tendresse des amoureux, leur comportement monogame comme un exemple de la fidélité conjugale.

Ces représentations romantiques n'avaient bien sûr rien à voir avec la réalité, mais elles témoignaient de l'estime dont jouissait autrefois cet oiseau. Ce n'est pas un hasard si c'est un pigeon [en allemand, le mot “Taube” désigne à la fois colombe et pigeon. Ces oiseaux appartiennent tous les deux à la famille des columbidés] qui revint vers Noé après le déluge avec une branche d'olivier dans le bec, si le Saint Esprit revêt la forme d'un pigeon quand il se pose sur Jésus lors de son baptême dans le Jourdain. Dans les faits ces animaux se sont rendus utiles auprès des humains en transportant des messages. Et ils étaient également convoités en tant que source d'alimentation disponible tout au long de l'année.»

Mais à mesure que les villes ont grossi et avec elles la quantité de nourriture jonchant l'espace public, les pigeons n'ont eu de cesse de se multiplier, et avec eux la quantité de leurs déjections. Comme l'explique à Focus Daniel Haag-Wackernagel, biologiste à l'Université de Bâle:

«Un seul pigeon produit quatre à douze kilos de fientes par jour(il fallait lire «par an»!! corrigé le 24 avril à 16h00)

Pas de doute qu'à la lecture de ces chiffres, les rangs des détesteurs de pigeons vont eux aussi encore grossir.

Annabelle Georgen
Annabelle Georgen (343 articles)
Journaliste
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