France

Les chiffres de la délinquance sont «biaisés»

Robin Panfili, mis à jour le 24.04.2013 à 11 h 49

Police / Rama

Police / Rama

«Il faut cesser de mesurer l’efficacité des services [de police et de gendarmerie] à l’aune d’indicateurs manipulables.» Cette phrase prononcée par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, en mars 2013, faisait écho aux (régulières) polémiques autour du chiffrage de la délinquance en France. Car tout l'enjeu est là: peut-on vraiment se fier à ces statistiques?

L’épineux sujet a fait l’objet d’une mission d’information sur la «mesure de la délinquance» dont les premières conclusions ne se montrent guère rassurantes. Selon France Info, qui a pu consulter le rapport de la commission parlementaire, la mesure statistique et les données policières et judiciaires sont jugées «partielles, biaisées et insuffisantes».

L’outil statistique utilisé par les forces de l’ordre, «l’état 4001» est remis en cause. En classant les infractions en fonction des plaintes recueillies, il se fonde sur 107 index différents. Trop, selon les rapporteurs:

«Quand on mesure la performance d’un service à partir de données qu’il renseigne lui-même, le risque de distorsion et de manipulation est important.»

Avant l’élection de François Hollande, «l’état 4001» était déjà pointé du doigt dans le chapitre «sécurité» du projet de loi de finances pour 2012:

«[Il] ne prend en compte que les faits pour lesquels une plainte a été déposée, ou bien ceux révélés par l'action des services, à l'exclusion des faits dont la victime n'a pas porté plainte.»

Ainsi, en toute rigueur, il faudrait ne parler que des «faits de délinquance constatés» et jamais de «la délinquance» en tant que telle. Il est ainsi incorrect de dire que «les violences volontaires ont augmenté sur un an». La formulation rigoureuse serait plutôt: «Les faits constatés de violences volontaires enregistrés par la police et la gendarmerie ont augmenté sur un an.»

Pour Jean-Hugues Matelly, chercheur et auteur interrogé sur France Info, «la pression» n'est plus «dans la lutte contre la délinquance mais dans la lutte contre les chiffres».

Désormais, la commission parlementaire recommande une plus grande indépendance de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) qui diffuse les chiffres vis-à-vis du ministère de l’Intérieur. Elle préconise également une nomination du président de l’ONDRP par les parlementaires.

Depuis octobre 2012, la commission s’est appuyée sur l’audition de dizaines d’experts, de policiers, de magistrats, de sociologues et même de ministres (Manuel Valls et Christiane Taubira).

Le 18 janvier 2013, Manuel Valls annonçait la création d’un nouvel outil de calcul de la délinquance. Des changements seront donc à prévoir: il intègrera 14 paramètres (délinquance routière, violences intrafamiliales, cybercriminalité...) et regroupera plusieurs indicateurs d’efficacité utilisés dans les services de police et de gendarmerie.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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