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Wikileaks: 5 heures de conversation secrète entre Eric Schmidt et Julian Assange

Cécile Dehesdin, mis à jour le 22.04.2013 à 14 h 05

Julian Assange, en décembre 2010. REUTERS/Paul Hackett

Julian Assange, en décembre 2010. REUTERS/Paul Hackett

Le 23 juin 2011, le président de Google Eric Schmidt et le fondateur de Wikileaks Julian Assange se sont parlés pendant cinq heures.

Julian Assange était alors assigné à résidence depuis six mois en Angleterre, et cette réunion secrète vient seulement d'être révélée par... Wikileaks. Le site a publié la transcription de la discussion ce vendredi 19 avril, pile avant la publication du nouveau livre d'Eric Schmidt, qui sort ce mardi aux Etats-Unis (Wikileaks pousse l'exercice de promotion jusqu'à préciser la date de sortie). Le fondateur de Wikileaks a eu la possibilité de relire et ajuster ses réponses si besoin, précisent les deux protagonistes dans leur entretien (on ne sait pas si Assange l'a fait ou pas).

Le patron de Google s'était entretenu avec Julian Assange dans le cadre de ce livre, The New Digital World, avec son co-auteur Jared Cohen, ancien conseiller d'Hillary Clinton, ainsi que deux responsables du gouvernement Obama. Morceaux choisis dans cette longue conversation:

1. Les petites lacunes technologiques d'Eric Schmidt

L'entretien commence mal, puisque le patron de Google confond Tor –un réseau qui permet de naviguer et communiquer sur Internet de façon anonyme– et Thor –le dieu du tonnerre dans la mythologie nordique:

Eric Schmidt: Est-ce qu'on peut commencer... Je voudrais parler un peu de Thor. Voilà. Parler de tout ce réseau de la navy et...

Julian Assange: Tor ou Thor?

E.S: Euh oui en fait je veux dire Tor. Euh...

J.A: Sans oublier Odin.

Plus tard, Julian Assange commence à parler de Bitcoin avant de s'interrompre pour demander à Schmidt s'il sait ce qu'est Bitcoin. La réponse est non. Qu'on ne connaisse pas la monnaie électronique en peer-to-peer créée en 2009 fin 2011 paraît logique si on est une personne lambda, moins si on est à la tête d'un empire des nouvelles technologies en train d'écrire un livre sur «le nouveau monde numérique».

2. Une demande de Google Leaks

L'air de rien, Julian Assange dit:

«On n'aurait rien contre des fuites de Google qui seraient, je dirais, toutes les demandes faites sous le Patriot Act.»

Scott Malcomson, qui écrivait les discours de l'ambassadrice auprès des Nations unies Susan Rice, se dépêche de préciser que de telles fuites seraient illégales, et Eric Schmidt ajoute:

«[...] J'ai émis une série de critiques contre la loi Patriot 1 et la loi Patriot 2. Parce que je pense qu'elles sont... parce qu'elles ne sont pas transparentes. Parce que les ordres des juges sont cachés, tout ça. Et la réponse est que les lois sont relativement claires à propos de Google et des Etats-Unis. On ne pourrait pas faire ça. Ça serait illégal.»

3. Les fans flippantes de Julian Assange

Assange raconte que des «fans dérangés» débarquent près de la propriété où il vit:

«Il y avait cette fille française, qui a conduit depuis la France [...] Des filles ont conduit jusqu'ici depuis la France, la Catalogne, la Norvège, enfin elle n'a pas conduit depuis la Norvège, elle a pris l'avion, depuis Amsterdam, on a un mec américain qui a vendu son bateau et s'est pointé ici. Capitaine Morgan.»

La femme venant de Catalogne a essayé de convaincre Frontline Club, l'association de journalistes dont le patron a proposé sa maison à Julian Assange, qu'elle faisait partie de l'équipe de Wikileaks, qu'elle était l'une des développeuse espagnoles. Une autre est venue en taxi depuis Londres en disant qu'Assange était son fiancé et qu'il paierait le taxi (ce qu'il n'a pas fait). Vous pouvez lire la traduction par Korben de tout ce passage ici.

4. Pourquoi les publications de Wikileaks concernent les pays occidentaux

Quand Eric Schmidt lui demande cash pourquoi Wikileaks ne reçoit pas énormément de clés USB sur des documents de «pays africains dirigés par ces dictateurs diaboliques», Assange répond:

J.A: On en a reçu, en fait [...] On a reçu des trucs pas mal d'Afrique, des trucs pas mal de Timor oriental, beaucoup de trucs pas mal d'Amérique du Sud.

E.S: Est-ce que c'est parce que ces gouvernements n'écrivent pas autant de trucs?

J.A: Ils ne sont pas en réseau. Certains, comme le gouvernement de Tanzanie utilise le kisswahili, ils n'utilisent pas l'anglais comme langue gouvernementale.

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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