Life

L'ascenseur, temple des normes sociales

Thibault Prévost, mis à jour le 19.04.2013 à 15 h 54

Elevator buttons RaeAllen via FlickrCC License by

Elevator buttons RaeAllen via FlickrCC License by

Comment se comporte-t-on dans un ascenseur, temple des normes sociales figées? C’est la question que s’est posée Rebekah Rousi, ethnologue, dans une étude commandée par «une grande firme d’ascenseurs» pour «examiner la façon dont les utilisateurs interagissent» dans cet univers ritualisé.

Des boutons d’appel du hall aux temps d’attente, la chercheuse a donc tout étudié. Sa méthode, qui combine l’observation et la réponse à des questionnaires, laisse également le champ libre à son propre ressenti –après tout, elle a quand même passé «plusieurs jours» enfermée dans les ascenseurs d’Adelaïde (Australie), elle est assez bien placée pour en parler.

On peut tirer plusieurs conclusions de son étude, publiée sur Ethnography Matters. L’être humain moderne, celui dont l’habitat principal est le gratte-ciel, accorde une importance particulière à sa cabine d’ascenseur. Si elle est mal insonorisée, ses hôtes se focaliseront «sur la vitesse à laquelle ils voyagent et la hauteur à laquelle ils se trouvent». Si elle est équipée de miroirs, elle leur plaira tout de suite beaucoup plus.

Globalement, l’utilisateur «se sent en sécurité» dans un ascenseur équipé d’un panneau de contrôle, car il aime bien penser qu’il peut faire quelque chose quand sa cabine tombe en panne entre deux étages – alors même qu’il n’y a strictement rien à faire.

Plus intéressant, l’étude s’attarde sur les normes de comportement de chacun dans un ascenseur en fonction de son sexe et de son âge. Ainsi, les hommes âgés «se placent directement au fond de la cabine» et, plus généralement, les hommes sont ceux qui interagissent le plus avec les cabines: ils «regardent les écrans de contrôle, se regardent dans les miroirs et les utilisent pour regarder les autres utilisateurs», bref, ils trouvent une contenance. Les femmes sont plus timides, et avouent «éviter le contact oculaire avec les autres utilisateurs».

Enfin, Rebekah Rousi assure que «certains utilisateurs reconnaissent ces comportements» et «s’amusent à les bouleverser», notamment en regardant leurs semblables fixement ou en «se tenant face au mur du fond quand tout le monde regarde les portes» pour influencer leur comportement. Le trolling adapté aux cabines d’ascenseur, en fait.

Thibault Prévost
Thibault Prévost (16 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte