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Au Tadjikistan, les étudiantes obligées de porter des talons hauts

High Heels, geishaboy500 via Flickr CC License by

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L'information pourrait prêter à sourire: le recteur de l'université d'Etat de Douchanbé, au Tadjikistan, Rakhmonov Abdujabbor, a annoncé début avril qu'un nouveau dress code s'appliquait désormais aux étudiantes: elles devront porter des vêtements unicolores et des chaussures à talon. Hauts, les talons: jusqu'à 10 centimètres. Si elles ne se plient pas à ce nouveau règlement, elles se verront refuser l'entrée de l'université, rapporte Le Journal international.

En ce qui concerne les vêtements, l'idée serait d'instaurer une sorte d'uniforme «souple», permettant de minimiser les  signes extérieurs de richesse. Et pour les talons?

Le Journal international rapporte les propos de Radzhabmo Kosimova, présidente du Conseil des femmes de l'Université, tenus à la radio Ozodi:

«Les mocassins gâchent l'apparence des filles. Nous pensons que les talons aident les femmes à se sentir plus féminines, plus sûres d’elles, et que cela rend leurs interlocuteurs plus à l'aise.»

Emma Sabzalieva, qui tient un blog sur l'Asie centrale et l'éducation supérieure, s'interroge:

«Se pourrait-il vraiment que le recteur croit qu'édicter un tel code vestimentaire (qui est bien plus explicite que le dress code national qui s'applique aux étudiants) et installer des surveillants à l'entrée qui en vérifient l'application (...) sera à même d'augmenter l'expérience d'apprentissage des étudiantes? Que cela les rendra plus intelligentes ou mieux équipées pour apprendre? Bien sûr que non.»

Rakhmonov Abdujabbor n'aime pas que les journaliste se mêlent de sa façon de diriger l'université. Alors que la direction niait avoir mis en place ce règlement, une journaliste de l'agence Asia Plus s'est rendue sur place pour faire un reportage, au cours duquel elle a pu interviewer des étudiantes qui ont confirmé l'information, une se plaignant par exemple de devoir mettre des talons («J’ai des problèmes aux chevilles et j'ai du mal à marcher avec ces chaussures hautes», selon une traduction du Journal international). Mais Rakhmonov Abdujabbor a «saisi et confisqué l’appareil photo et le dictaphone de la journaliste» puis l'a fait arrêter, sous prétexte qu'elle avait pris des photos de lui sans autorisation. La journaliste a été relâchée le 4 avril.

Le recteur est un habitué des controverses vestimentaires, rappelle le site Vocativ. Lorsqu'il était ministre de l'Education, il avait «interdit le port du hijab dans les écoles publiques, instaurant des contrôles aléatoires pour vérifier l'application de la règle. Alors qu'il est lui-même musulman, comme 98% des Tadjiks, il avait été accusé de mener une guerre contre l'islam. Ces accusations avaient été croissant quand il avait exigé que tous les hommes de l'université islamique du Tadjikistan se rasent la barbe et portent des costumes et des cravates en classe».

Pour ce qui est de la situation générale au Tadjikistan, voilà ce qu'écrivait sur Slate Louise Arbour, ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme et actuelle présidente de l'ONG International Crisis Group:

«Le Tadjikistan entame 2013 sans avoir rien de positif à déclarer pour 2012. Ses relations avec l’Ouzbékistan continuent de se détériorer, et les querelles internes menacent de révéler des ambitions séparatistes au Haut-Badakhchan.

Cette province orientale montagneuse isolée n’avait que peu d’atomes crochus avec le gouvernement central de Douchanbé –même avant que les troupes gouvernementales n’affrontent les combattants locaux, dont beaucoup étaient des vétérans de la guerre civile tadjik, qu’elles décrivaient comme les membres d’un groupe de crime organisé. Certains combattants, notamment l’un de leurs chefs, appartenaient aux forces frontalières du Tadjikistan. En outre, un certain nombre d’habitants de Khorog, décrits à un certain moment comme des jeunes fourvoyés par la propagande anti-gouvernementale, y ont également participé (la région se méfie depuis longtemps du gouvernement central).»

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