Les Allemands vont-ils perdre leur coffre-fort autrichien?

Safe accounts via Wikimedia Commons

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Depuis que le Luxembourg a annoncé la levée partielle de son secret bancaire à partir de 2015, l'Autriche est dans le viseur de l'Union européenne, puisqu'elle est désormais le seul Etat membre qui refuse d'échanger des renseignements bancaires avec ses voisins.

Si elle décidait à son tour d'assouplir son secret bancaire, cela poserait certainement problème aux milliers d'Allemands qui y possèdent des comptes bancaires. Car l'Autriche est devenue en quelque sorte le «coffre-fort» des Allemands ces dernières années, comme l'explique le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung:

«D'après les enregistrements de la Banque nationale d'Autriche (OeNB), environ 23 milliards d'euros d'origine allemande dorment actuellement sur des comptes de dépôt autrichiens. Cette somme a quasiment doublé au cours des six dernières années. Cela représente plus de la moitié des dépôts étrangers. Il faut ajouter à cela une somme probablement encore plus élevée sous la forme de titres financiers.»

Le fait que près d'un quart de million d'Allemands vivent aujourd'hui en Autriche, parmi lesquels 170.000 y ayant leur domicile principal, explique en partie leur surreprésentation au sein de la clientèle étrangère. Mais avoir un compte en Autriche est évidemment avantageux en raison du secret bancaire:

«Il n'y a pas d'obligation de déclaration auprès de l'administration fiscale étrangère. Les détenteurs d'un compte restent donc anonymes vis-à-vis de l'administration fiscale de leur pays d'origine respectifs, bien qu'ils doivent justifier de leur identité auprès de la banque.»

Beaucoup de clients allemands des banques autrichiennes préfèrent donc ne pas déclarer les sommes déposées en Autriche et opter à la place pour une retenue à la source de 35% des intérêts.

Malgré les pressions de l'UE, l'Autriche semble bel et bien être décidée à ne pas renoncer à son sacro-saint secret bancaire, qui est inscrit dans sa Constitution. La ministre des Finances Maria Fekter a déclaré cette semaine au quotidien Österreich être prête «à se battre comme une lionne» pour que le secret bancaire ne soit pas levé, proposant à la place l'instauration d'un registre des trusts dans chaque Etat membre de l'UE.

Mais la bataille risque d'être rude, l'Autriche étant désormais plus que jamais isolée au sein de l'Europe, estime le Süddeutsche Zeitung, qui cite une porte-parole de la Commission européenne à Bruxelles:

«C'est maintenant impossible qu'un seul pays bloque les 26 autres membres de l'UE. Cela va être très difficile pour l'Autriche de continuer à résister.»

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