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Manolis Glezos, le Grec qui veut faire payer les Allemands

Annabelle Georgen, mis à jour le 10.04.2013 à 17 h 42

Manolis Glezos via Wikimedia Commons

Manolis Glezos via Wikimedia Commons

Alors que la Grèce est plus endettée que jamais, la question de la dette de l'Allemagne refait surface. Une grande partie des Grecs considèrent que les Allemands n'ont jamais payé les sommes d'argent réclamées par Athènes à l'issue de la Seconde Guerre mondiale en réparation des crimes commis par les nazis.

A l'instar de l'écrivain Manolis Glezos, 91 ans, héros de la résistance en Grèce pendant l'occupation nazie et figure de proue du «Conseil national pour le règlement des dettes de guerre de l'Allemagne à la Grèce». Ce groupe d'activistes composé de vétérans de la Seconde Guerre mondiale et de militants se bat depuis des décennies pour que justice soit faite. Comme il l'explique dans une interview au quotidien allemand Die Welt, la Grèce a payé un tribut particulièrement lourd pendant la Seconde Guerre mondiale:

«A la différence des autres pays occupés, qui n'ont dû prendre en charge que les frais des troupes d'occupation, la Grèce a en plus de ça été forcée de financer l'Afrikakorps. Cette somme a été désignée sous le terme de “crédit d'occupation”, et le professeur Aggelospoulos a été le premier, en 1962, à calculer que cela représentait environ 3,5 milliards de dollars en 1938. Cela correspond aujourd'hui –sans les intérêts– à 54 milliards d'euros.»

Selon ses calculs, les Allemands doivent aujourd'hui 500 milliards d'euros aux Grecs. Un chiffre très au-delà des 300 milliards d'euros dont parlait le magazine Stern à l'automne dernier ou des 160 milliards d'euros évoqués précédemment. Personne ne s'accorde en effet aujourd'hui sur un chiffre commun. Manolis Glezos prend par exemple en compte les nombreux trésors archéologiques que les nazis ont dérobé à l'époque:

«Les Allemands ont trouvé toutes sortes d'objets de valeurs au cours de leurs travaux de consolidation et de construction des rues et les ont emmenés.»

Une partie des réparations qui avaient été négociées avec Berlin à l'époque a également «disparu» dans des conditions étranges, comme nous l'expliquions en septembre 2012.

Selon les informations du quotidien grec To Vima, cité par Der Spiegel, la commission d'experts mandatée à l'automne dernier par le ministère des Finances grec pour estimer le montant de la dette allemande vient de rendre ses conclusions, qui n'ont pour l'instant pas été rendues publiques. D'après Der Spiegel, le gouvernement grec freinerait des quatre fers de crainte d'aggraver ses relations avec son plus gros banquier européen. Comme l'explique un représentant du gouvernement grec sous couvert d'anonymat:

«Ce n'est pas le bon moment pour commencer à se disputer avec Berlin.»

Manolis Glezos estime lui qu'un compromis pourrait être trouvé avec l'Allemagne, sans que cela mette à mal les relations diplomatiques des deux pays:

«Ce n'est pas du tout une question d'argent mais de justice. Pour y parvenir, il ne faut pas que l'argent aille dans les caisses du gouvernement grec. L'Allemagne pourrait proposer des bourses aux étudiants grecs ou financer des projets d'infrastructures. Il s'agit de rapprocher nos peuples en Europe. Mais la justice fait aussi partie de ça.»

Annabelle Georgen
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