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Le langage corporel ne donne pas tant d'informations qu'on le croit

Pamela Duboc, mis à jour le 10.04.2013 à 15 h 13

Pinocchio par Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier via Flickr CC

Pinocchio par Jean-Etienne Minh-Duy Poirrier via Flickr CC

Il ne se passe pas une semaine sans que le langage corporel soit mis en avant pour décrypter les intentions d’un personnage public. «[François Hollande] a été globalement très en contrôle, avec un corps assez rigide, une position très en avant, ce qui est un désir de communiquer, de convaincre l’autre», analysait ainsi Martine Herrmann pour Le Parisien, à propos d’une intervention télévisée du président français.

Si les membres de la sphère politique et les managers sont entraînés pour délivrer un langage corporel maîtrisé, la plupart des conceptions qui existent à son propos ne sont pas scientifiquement prouvées. Caroline Williams a fait le point sur ce que l’on sait vraiment dans The New Scientist.

La première surprise vient de l’étude historique sur laquelle se fondent toutes les théories modernes: à la fin des années 1960, Albert Mehrabian, chercheur en psychologie sociale à UCLA en Californie calculait que seulement 7% du message émotionnel transmis par une phrase venait des mots employés. Le reste serait venu du ton et d’autres indices non-verbaux. Le chiffre-clé (93% de la communication est non-verbale) s’est répandu comme une traînée de poudre. Albert Mehrabian n’a eu de cesse de la réfuter: cela ne s’applique qu’à des circonstances particulières, «lorsque l’on parle de ses émotions ou de ses attitudes». Cela ne fonctionne pas pour la communication en général.

Caroline Williams fait très justement remarquer:

«Après tout, si nous pouvions vraiment comprendre 93% de ce que les gens disent sans recourir aux mots, il n’y aurait pas besoin d’apprendre les langues étrangères et personne ne pourrait jamais s’en tirer avec un mensonge.»

En ce qui concerne les gestes en particulier, la plupart ne révèlent pas ce que l'on croit. Par exemple, il est souvent postulé que les menteurs regardent à droite. Il se trouve que la seule étude scientifique sur le sujet ne trouve aucune preuve pour cela. Des vidéos enregistrées lors de conférences de police pour la recherche de disparus, ont aussi montré qu’il n’existait rien de tel chez des personnes qui faisait un appel émouvant au public, en mentant puisqu’il s’était révélé plus tard qu’elles étaient impliquées dans la disparition.

Et pour les autres signes de mensonge?

Ni toucher son visage ou ses cheveux n’en sont, selon une méta-analyse sur plus de 100 études. Seuls une dilatation des pupilles et certaines formes d’agitation pourraient donner des indices.

Mais ça n’est pas certain, puisqu’il est tout à fait courant, pour une personne qui ne ment pas mais est soumise à questionnement, de montrer des signes d’inconfort émotionnel tels qu’éviter le regard ou s’agiter, par exemple en tripotant des objets ou en se grattant. Tant de signes que l’on interprète habituellement comme ceux du mensonge.

Ecouter un menteur donne de bien meilleurs indices. Toujours selon cette méta-analyse, les menteurs parlent avec un ton plus aigu, donnent moins de détails, sont plus négatifs et ont tendance à répéter les mots.

Pamela Duboc
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