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Pourquoi les Américains rient de la Corée du Nord mais craignent l’Iran?

Robin Panfili, mis à jour le 05.04.2013 à 16 h 36

North Korea / Michael Day

North Korea / Michael Day

Aux Etats-Unis, il règne un sentiment étrange, à mi-chemin entre le sarcasme et la moquerie, vis-à-vis de la Corée du Nord. The Atlantic a analysé ce phénomène et essayé de comprendre pourquoi les Américains tournent Kim Jong-un à la dérision quand, dans le même temps, ils se montrent relativement craintifs face à l’Iran.

Pour illustrer cette ambivalence, l’auteur de l'article, Julian Hattem, se rappelle du discours d’introduction de Chuck Hagel en tant que secrétaire à la Défense dans lequel il mentionnait le mot «Iran» plus de 170 fois, et ne citant la Corée du Nord qu’à dix reprises. Pire, dans le débat présidentiel d'octobre 2012 sur la politique extérieure entre Barack Obama et Mitt Romney, l’occurrence «Iran» est revenue 47 fois. Et «Corée du Nord»? Une seule fois.

Mais ce ne sont là que des chiffres. L’auteur explique d'abord la «sérénité» des Etats-Unis vis-à-vis de la Corée du Nord par une forme de lassitude. La menace de la famille de Kim Jong-un existe depuis des décennies et ils s’y sont habitués. Comme on dit, «familiarity breeds contempt» (la familiarité engendre le mépris). 

«Quand les tyrans meurent, leur suprématie meurt avec eux. (...) En Corée du Nord, le fils succède et dirige exactement comme son père. Nous en sommes donc rendus à attendre un comportement plus ou moins similaire.»

Mais ce n’est pas tout, il cite aussi des événements qui ont prêté à sourire et donc à rendre moins légitime la dictature: la visite du basketteur Dennis Rodman; une vidéo de la télévision d’Etat montrant des soldats mimant l’euphorie face à Kim Jong-un; des images de propagande d’un ancien temps…

En ce qui concerne, l’Iran –un autre pays de «l’Axe du mal» si cher à George W. Bush les choses sont plus compliquées. L’un des premiers arguments que Julian Hattem avance pour expliquer que l'Iran soit pris au sérieux est un stéréotype ancré dans l’imaginaire populaire.

«Ils sont asiatiques [les Nord-coréens], ce qui engendre son lot de stéréotypes racistes comme quoi ils ne seraient pas nécessairement inspirés par le terrorisme. L’Iran, de son côté, est une république islamique et pour des raisons que l’on connaît, malheureusement, il est plus facile d’alimenter les peurs sur le fanatisme religieux que sur le nationalisme nord-coréen.»

Et la menace nucléaire iranienne représente aussi un véritable enjeu. Et si cela donnait l'idée à l'Arabie saoudite d'avoir sa propre bombe? Et si tous les pays limitrophes se mettaient à vouloir la leur?

Si la Corée du Sud et le Japon acceptent l'assistance et le soutien américain face au régime de Kim Jong-un, c'est une chose. Mais les pays du Moyen-Orient, eux, ne semblent pas aussi enclins à laisser les Etats-Unis s'occuper de leur protection.

«Les Japonais comme les Sud-coréens perçoivent le Nord comme une véritable menace, un peu comme si, pour nous, la famille Kim se situait à Mexico ou à Ottawa.»

Récemment, le Washington Post s'est tout de même interrogé sur le sentiment de confiance, presque arrogant, des Etats-Unis face à Pyonyang. Le journal titrait «La Corée du Nord serait-elle secrètement surdouée dans le piratage informatique?».

En effet, quelques jours après que le monde entier moquait la visite du basketteur Dennis Rodman dans la capitale nord-coréenne, la Corée du Sud dénonçait des cyberattaques sophistiquées dont les auteurs se situeraient... à Pyonyang.

Robin Panfili
Robin Panfili (190 articles)
Journaliste à Slate.fr
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