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Pierre Sidos, le fondateur d'Occident, se confie

Pierre Sidos (L'Oeuvre française).

Pierre Sidos (L'Oeuvre française).

Pierre Sidos a créé la croix celtique, symbole utilisé par de nombreux mouvements d’extrême droite; a été associé, sans participer aux opérations finales, au putsch des généraux de 1961 et à l’attentat du Petit-Clamart contre De Gaulle, en 1962; ou a servi de «caution» à de jeunes étudiants de droite nommés Gérard Longuet, Alain Madelin ou Hervé Novelli lors de la création du mouvement Occident, en 1964. Le magazine Charles publie dans son nouveau numéro, en vente ce mercredi 3 avril, une interview fleuve —et rare— de ce dirigeant peu connu de l’extrême droite française, réalisée par notre ancien collaborateur David Doucet, aujourd'hui journaliste aux Inrockuptibles, qui publiera à la rentrée avec un autre ancien collaborateur de Slate, Dominique Albertini, une Histoire intérieure du Front national aux éditions Tallandier.

La revue précise que pour ce «document historique», elle a fait le choix «de ne pas censurer [des] propos antisémites et négationnistes qui vont à l’encontre des travaux scientifiques sur la Shoah», afin de montrer «la radicalité des valeurs [du] courant idéologique» dont se réclame l'interviewé. Celui-ci, aujourd’hui âgé de 86 ans et qui voit en Hitler «le Napoléon allemand» et en Mussolini «le dernier des Césars», y emploie notamment l'expression «mythe de la Shoah».

«Deuxième Révolution nationale»

Le long de vingt-cinq pages d'interview, Pierre Sidos commente son parcours: son enfance («Lorsque nous étions enfants, nous nous amusions à reconstituer la marche sur Rome dans l’escalier de la maison familiale, c’était déjà très fascisant»), son adolescence (qui le vit s’engager dans un mouvement collaborationniste pendant la Seconde Guerre mondiale —son père sera lui fusillé à la Libération) puis la création, après la guerre, des mouvements Jeune nation et Occident.

Il revient aussi en détail sur la création, le 6 février 1968 (date anniversaire de la grande manifestation de 1934) et «dans la lignée du Maréchal Pétain» de l'Oeuvre française, toujours active aujourd’hui et dont Charles dresse ainsi le portrait: 

«Ses racines sont collaborationnistes, son imagerie fasciste, sa méthodologie musclée.»

Pierre Sidos a tenté en vain, en 1969, de présenter sa candidature à l’élection présidentielle, mais n'a pas vraiment investi le champ électoral, même si, notait Libération en 1996, «l'Oeuvre française a formé de nombreux cadres du Front national». Le dirigeant revient d’ailleurs sur ses relations avec Jean-Marie Le Pen, qui a lui accepté «le cadre institutionnel» —il estime que son mouvement constitue «l’expression doctrinale» et le FN «l’expression électorale» d’une «deuxième Révolution nationale». Sidos raconte notamment sa version de l’épisode de l’héritage Lambert, héritier richissime d'une dynastie de cimentiers dont il était proche, et qui a légué dans les années 70 sa fortune à Le Pen, le mettant à l'abri du besoin.

«Tout ce que le FN veut cacher»

Pierre Sidos et l'Oeuvre française (aujourd’hui présidée par Yvan Benedetti, qui chantait en 2010 les louanges des Protocoles des Sages de Sion) ont notamment fait parler d’eux ces dernières années lors de la guerre de succession de Jean-Marie Le Pen à la tête du FN, puis lors des tentatives de Marine Le Pen pour dédiaboliser le parti.

Lors de la campagne interne de 2010, les Le Pen avaient attaqué Bruno Gollnisch sur sa proximité avec Sidos, qui assistait à ses meetings. A l’époque, notre chroniqueur Thomas Legrand notait que «Pierre Sidos […] représente tout ce que le FN veut cacher depuis les années 1980, le pétainisme, l’antisémitisme, la haine de la République».

La nouvelle direction a aussi tenté de mettre fin à l'entrisme de militants de l'Oeuvre française dans les rangs du parti. Alexandre Gabriac, candidat aux cantonales exclu après la publication d’une photo le montrant faisant le salut nazi, avait ainsi fait partie de l'Oeuvre française. Début 2012, Marine Le Pen avait également pointé du doigt l'Oeuvre française lors de l’agression dont avaient été victimes Arnaud Montebourg et Audrey Pulvar.

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