Les vêtements de demain seront peut-être en morve de poisson

Un pêcheur tient du mucus de myxine. Slime EELS!!!! AKA Hagfish par Dirtsailor2003 via Flickr CC

A priori, personne n’aurait envie de frotter contre sa peau la morve produite par le « poisson vieille sorcière » (si l’on traduit littéralement hagfish, son petit nom en anglais. Le français vernaculaire préfère myxine). Pourtant, l’exceptionnelle substance visqueuse produite par cette créature des fonds marins pourrait bien révolutionner l’industrie textile et la tourner vers des solutions plus vertes.

Le marché du textile et de l’habillement, au deuxième rang des activités économiques mondiales (353 milliards de dollars d’échanges en 2001), est en effet extrêmement polluant. Plus de 60% des textiles échangés dans le monde sont synthétiques. Pour la plupart, il s’agit de polyesters (nylon...) et d’acrylique, dérivés du pétrole et difficilement recyclables.

Anna Rothschild rapporte pour le blog du programme radio PRI The World et pour BBC News le travail réalisé par des scientifiques de l’université de Guelph, au Canada. Ces derniers sont parvenus à fabriquer du fil à partir de la substance visqueuse que la myxine excrète pour se protéger.

Ces poissons, qui n’en sont pas vraiment, puisqu’ils ne possèdent pas de colonne vertébrale, existaient déjà avant l’époque des dinosaures. Le plus vieux fossile retrouvé date d’il y a 330 millions d’années. Dépourvus de mâchoires, ils ont développé un système unique de sécrétion d’un mucus par 150 pores tout le long de leur corps anguilliforme.

La substance, constituée de fibres très fines –100 fois moins épaisses qu’un cheveux humain–, a la capacité unique de se déployer instantanément une fois excrétée dans l’eau, et occuper plusieurs centaines de fois son volume initial. Le système est très efficace. Les prédateurs qui tentent de croquer ce charognard a priori sans défense –la myxine n’a même pas de véritables yeux– risquent de s’étouffer avec le mucus, qui remplit leurs bouches et recouvre leurs branchies. D’autres scientifiques, de Nouvelle-Zélande, ont filmé la myxine gagnant contre 14 prédateurs, dont plusieurs requins.

Une fois séchées, les fibres ont la consistance de la soie. Anna Rothschild rapporte qu’il pourrait être plus facile, dans l’état actuel des biotechnologies, de produire ces fibres que celles des araignées, notamment parce que les protéines qui les composent sont plus petites. Nous ne sommes pourtant pas près de porter des T-shirts en bave de poisson-sorcière, puisqu’il est encore impossible de les faire se reproduire en captivité. Les chercheurs de Guelph tentent de faire produire la protéine fibreuse à des bactéries. Et pensent déjà à faire du rebranding pour rendre le poisson et son mucus plus attrayants pour le marché de la mode, toujours friand de nouvelles matières.

Photo: Un pêcheur tient du mucus de myxine. Slime EELS!!!! AKA Hagfish par Dirtsailor2003 via Flickr CC
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Publié le 02/04/2013
Mis à jour le 02/04/2013 à 13h38