Monde

Cinq mythes sur la Corée du nord

Slate.fr, mis à jour le 31.03.2013 à 9 h 01

Peinture murale en Corée du Nord par Yeowatzup, Flickr. Licence Creative Commons

Peinture murale en Corée du Nord par Yeowatzup, Flickr. Licence Creative Commons

Chaque jour qui passe, la Corée du nord menace avec toujours plus de virulence les Etats-Unis et la Corée du sud d'une guerre. La montée de la tension a commencé avec le test en décembre 2012 par la Corée du nord d'un missile à longue portée suivi par un troisième essai nucléaire en février 2013. En réponse à ces tests, la Corée du nord a subi de nouvelles sanctions de l'ONU et des exercices militaires communs entre les Etats-Unis et la Corée du sud ont été organisés. Pyongyang a répondu en durcissant sa rhétorique guerrière et en annonçant des frappes contre les villes américaines. Washington a à nouveau répondu en envoyant des bombardiers lourds furtifs B-2 en Corée du sud.

Jusqu'où peut aller cette crise? Le magazine The Atlantic explique qu'il y a de quoi être inquiet. «Si la Corée du nord peut peut-être mettre une ogive nucléaire sur un missile à longue portée et l'envoyer vers les Etats-Unis, il n'y a pas le moindre doute sur le fait qu'elle peut frapper sans difficultés la Corée du sud et le Japon. Elle peut aussi, et l'a déjà fait, exporter sa technologie nucléaire à d'autres Etats voyous comme l'Iran ou vers des groupes terroristes. Des bombardiers israéliens ont fort heureusement détruit en 2007 un réacteur nucléaire nord-coréen en train d'être installé en secret en Syrie…»

Lors de son premier mandat, l'administration Obama a adopté face à la Corée du nord une approche baptisée «patience stratégique» basée sur l'hypothèse fausse qu'isoler la Corée du nord va convaincre ce pays de cesser de mal se comporter. Même si des dizaines d'experts ont expliqué que cela ne marcherait pas, l'administration Obama s'est entêtée et la «patience stratégique» a eu l'effet inverse de celui souhaité: à savoir radicaliser Pyonyang dont le programme nucléaire et de missiles s'est accéléré. L'administration Obama ne comprend pas Pyongyang.

Il existe cinq mythes au sujet de la Corée du nord que The Atlantic entend dénoncer.

-Les dirigeants nord-coréens sont fous.

Le dictateur actuel Kim Jong-un est au pouvoir depuis moins d'un an et il peut subsister des doutes sur sa personnalité et son comportement. Mais son père Kim Jong-il, qui a détenu le pouvoir de 1994 à 2011, et son grand-père Kim Il-sung, au pouvoir de 1948 à 1994, ont eu un comportement parfaitement rationnel en fonction de leurs intérêts et ne sont jamais comportés de façon irréfléchie. Le discours était parfois délirant, mais jamais les actes. Après des décennies de manœuvres entre l'URSS et la Chine, la Corée du nord s'est ainsi un temps rapproché des Etats-Unis après l'effondrement de l'Union soviétique en 1991. Aujourd'hui, Pyongyang joue clairement et habilement la carte de la Chine contre les Etats-Unis.

-La Corée du nord est un Etat défaillant.

L'hypothèse selon laquelle Pyongyang a déséspérement besoin d'une aide économique extérieure et c'est un moyen de lui faire renoncer à son armement nucléaire est totalement fausse. Si les famines massives dans les années 1990 ont mis le pays au bord de l'effondrement, ce n'est plus le cas aujourd'hui. La situation économique s'est stabilisée et même s'améliore. En dépit des sanctions, le commerce extérieur se développe avec la Chine mais aussi une grande partie de l'Asie et l'Afrique. La Corée du nord avait une balance des paiements sans doute excédentaire en 2011.

-La Corée du nord n'a aucun contact avec l'extérieur.

La Corée du nord n'est pas un pays totalement isolé du monde extérieur. Elle envoit chaque année des milliers d'étudiants en Chine et en Mongolie. Des milliers de nord-coréens travaillent en Chine, au Koweit, en Russie. Une entreprise nord-coréenne construit en ce moment un musée disposant de haute technologie à côté du site d'Angkor au Cambodge et le secteur de la technologie nord-coréen fournit des composants et des applications pour de nombreux matériels sophistiqués y compris des iPhones…

-La Corée du nord ne respecte pas ses engagements.

Il n'y a pas de règle. Parfois la Corée du nord respecte sa signature et parfois elle ne le fait pas. Le premier accord sur le programme nucléaire entre les Etats-Unis et Pyongyang a tout de même tenu huit ans avant de s'effondrer en 2002. Et pendant huit ans, la Corée du nord s'est abstenu de fabriquer des bombes atomiques.

-Beijing va régler le problème.

La théorie selon laquelle la Chine peut obtenir ce qu'elle veut de la Corée du nord n'est pas réaliste. Beijing a de l'influence sur Pyongyang, mais il y a des limites importantes à cette influence à commencer par des siècles d'une histoire compliquée entre les Chinois et les Coréens. Pyongyang sait parfaitement manoeuvrer avec le parti communiste chinois. Et puis Beijing a deux soucis: celui d'avoir toujours à sa frontière un pays qui n'est pas l'allié des Etats-Unis et celui d'avoir en main un atout pour se faire entendre haut et fort des sud-coréens et des américains.

 

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