Monde

Kim Jong-un joue avec le feu

Slate.fr, mis à jour le 30.03.2013 à 16 h 17

Photo parue dans le journal nord-coréen Rodong, via NK News

Photo parue dans le journal nord-coréen Rodong, via NK News

Faut-il prendre au sérieux les menaces de Kim Jong-un? Le dictateur de 30 ans qui dirige la Corée du nord depuis moins d'un an, le dernier pays stalinien de la planète, a ordonné des préparatifs de frappes de missiles vers les Etats-Unis et les bases américaines du Pacifique. Il est condidéré par certains spécialistes, notamment aux Etats-Unis, comme ayant une personnalité fantasque et imprévisible.

Vendredi 29 mars, les médias nord-coréens ont publié deux photos sur lesquelles apparaissent des cartes dévoilant les projets de frappes sur le territoire américain ainsi que des détails sur les forces de Pyongyang (voir ci-dessus). Des bases militaires de la Corée du nord ont été placées en état d'alerte. Samedi 30 mars, Pyongyang a annoncé être «en état de guerre» avec la Corée du sud. «A partir de maintenant, toutes les questions entre les deux Corées seront traitées selon un protocole de temps de guerre», a déclaré la Corée du Nord dans un communiqué. «La situation prévalant de longue date selon laquelle la péninsule coréenne n'est ni en guerre ni en paix est terminée», précise le texte.

Une menace prise «au sérieux» par Washington. Le Pentagone a envoyé jeudi des bombardiers lourds furtifs B-2 pour un vol d'entraînement au-dessus de la péninsule coréenne. La Corée du sud de son côté cherche à minimiser les menaces et ne signale aucun mouvement de troupes à la frontière. Techniquement, les deux Corées sont bien toujours en guerre: le conflit qui les a opposées de 1950 à 1953 s'est conclu par un armistice et non par un traité de paix.

La tension monte en fait depuis le début du mois mars et l'adoption de nouvelles sanctions par l'ONU contre Pyongyang en réponse à un troisième test d'arme nucléaire. Depuis, la Corée du Nord menace régulièrement Séoul et Washington de «frappes stratégiques» et de «guerre totale». Le Nord a déjà annoncé le 5 mars qu'il annulait l'armistice et les autres traités bilatéraux de paix signés avec Séoul pour protester contre les exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et des Etats-Unis.

La Corée du nord, qui se trouve dans une situation économique désastreuse, cherche en général par des démonstrations de force et des menaces à obtenir des concessions et des aides, notamment alimentaires. Il s'agit aussi clairement de renforcer le pouvoir du jeune Kim Jong-un qui a succédé à son père Kim Jong-il l'an dernier sans y être particulièrement préparé.

La propagande nord-coréenne est en tout cas dans la grande ligne de celle de l'URSS de Staline et de la Chine de Mao. Quand l'agence de presse officielle publie des photos de la réunion d'urgence convoquée dans la nuit de jeudi à vendredi par Kim Jong-un, il y est montré assis à un bureau dans ce qui semble être une salle de commandement des opérations militaires. À l'arrière-plan figure une carte baptisée «Plan de frappes des forces stratégiques sur le continent américain». Des lignes semblent dessiner la trajectoire de missiles vers les Etats-Unis. On y voit aussi sur une des images un iMac un peu incongru…

En fait, la quasi-totalité des experts estime que la Corée du nord est très loin de maîtriser la technologie qui permet d'envoyer des missiles de très longue portée, malgré le tir réussi en décembre dernier d'une fusée dans l'espace.

Pour autant, l'armée nord-coréenne est dangereuse. Elle a des missiles à courte et moyenne portée capables de frapper la Corée du sud et le Japon. La concentration de milliers de canons à longue portée à la frontière est une menace permanente pour Séoul, la capitale de la Corée du sud qui se trouve a seulement une trentaine de kilomètres de ces canons.

La Corée du nord n'en est pas à sa première provocation. Mais un incident qui dégénère est toujours possible surtout si Kim Jong-un ne maitrise pas ses nerfs. Les exemples historiques ne manquent pas de conflits nés d'un malentendu ou d'une crise de rage d'un dictateur.

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