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Non, nous ne vivons pas l'âge d'or du journalisme

Slate.fr, mis à jour le 30.03.2013 à 10 h 59

Un kiosque à journaux dans Paris, en 2006. REUTERS/Charles Platiau

Un kiosque à journaux dans Paris, en 2006. REUTERS/Charles Platiau

L'article de Matthew Yglesias de Slate.com, qui estime que les lecteurs passionnés par l'information n'ont jamais eu accès a autant de contenus différents et vivent un véritable âge d'or a suscité de nombreuses réactions. A commencer par celle très critique de Bob Garfield du Guardian.

Pour Matthew Yglesias, si l’industrie des médias ne se porte pas très bien, c’est parce qu’elle est très ou trop productive et offre une richesse sans précédent à ses lecteurs et auditeurs. Pour Bob Garfield, l'idée même d'âge d'or est construite sur une imposture et une illusion: «un âge d'or comparable aux pilleurs qui améliorent leur niveau de vie. Le problème est que l'amélioration dure le temps que le magasin soit totalemen vidé».

Il rappelle que l'industrie de l'information aux Etats-Unis notamment qui a une époque était profitable, voire très profitable pour l'audiovisuel, est devenue à peine rentable pour les télévisions et les radios et quant à la presse écrite, elle est au bord du gouffre. Les quotidiens affichent de lourdes pertes depuis des années. La situation est la même ou presque en France avec pour principale différence les milliards d'euros d'aides publiques qui soutiennent, en vain, la presse écrite. Ce que dénonce la Cour des Comptes.

«Tous ces fantastiques contenus sur lesquels Yglesias s'extasie sont payés par des capitalistes spécialistes de l'investissement à risque qui font de très mauvais paris. Ils lancent des groupes de médias, en vidant leurs comptes d'épargne pour payer les factures, en utilisant des travailleurs déplacés payés trois fois rien, des amateurs, des semi-pros et de moines», écrit Bob Garfield. «Je voudrais dire que ce modèle économique n'est pas durable, mais perdre de l'argent n'est pas un modèle économique. C'est un modèle pour faire faillite», ajoute-t-il.

Il dénonce aussi les chaînes de télévision et les stations de radios qui pratiquent de plus en plus «l'inceste en série» consistant à rapprocher sans cesse l'information et le divertissement au point de ne plus les distinguer.

Le Pew Research Center dans son dernier Rapport sur l'état des médias aux Etats-Unis (State of The Media Report), dresse un constat aussi apocalyptique. Les renvois de personnel dans le secteur de la presse ont «fait chuter l’industrie de 30% depuis son pic en 2000 et fait passer le nombre d’employés à plein temps sous la barre des 40.000 pour la première fois depuis 1978».

Bob Garfield en rajoute en souligant l'effondrement des prix des publicités en ligne. «Il existe une quantité infinie de contenus en ligne et de ce fait une quantité infinie d'inventaire pour la publicité et de ce fait les prix de la publicité sont inexorablement entraînés vers le bas. Les revenus qui en résultent ne peuvent pas financer des médias puissants. Mais ces revenus ne peuvent même pas financer des médias faibles». Un grand nombre de de personnes «intelligentes et désespérées» cherchent à trouver de l'argent par tous les moyens pour faire vivre leurs médias. Mais sans vraiment y parvenir.

Bod Garfield conclut en disant qu'il faut prier pour le succès, pas du tout assuré, des paywalls et autres modèles à abonnement parce que «dans le monde des gens intelligents et déséspérés, ce sont toujours les déséspérés qui ont le dernier mot».

 

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