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Les logiciels mangent notre monde

Slate.fr, mis à jour le 30.03.2013 à 8 h 06

virii001/ hj barraza via Flickr CC License By

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Tout le monde sait aujourd'hui comment les robots remplacent et continuent à remplacer les ouvriers dans les usines. Un aspect moins connu de la substitution du travail humain par l'automatisation et la technologie, qui a un impact pourtant considérable sur les classes moyennes des pays développés, est celui du remplacement des travailleurs du savoir, ceux qui manipulent de l'information, par les logiciels.

«Les logiciels mangent le monde» et les ordinateurs de plus en plus puissants et intelligents prennent notre travail souligne un article d'Associated Press. «Tout ce que les humains peuvent faire, une machine peut le faire aussi aujourd'hui» explique Moshe Vardi, un scientifique spécialiste des ordinateurs de la Rice University de Houston. «Nous faisons des choses qui ressemblent à de la science-fiction». Google et Toyota font rouler des voitures qui sont capables de conduire seules, sans humains, dans la circulation. Le Pentagone utilise des robots en Afghanistan pour déminer les routes et mène une guerre aérienne en utilisant massivement des drones, des avions sans pilotes. L'université de North Carolina a lancé il y a quelques jours une librairie où les robots -les «bookBots»- vont chercher et rapporter les livres dont ont besoin les étudiants. Fini les libraires.

Quartz, média purement numérique américain spécialisé dans l'économie, explique comment l'internet nous appauvrit et comment notre avenir professionnel est devenu radicalement différent si nous sommes de ceux qui donnent des ordres aux ordinateurs ou de ceux, de plus en plus nombreux, qui reçoivent leurs ordres de ces mêmes ordinateurs…

C'est en 1971 que le premier microprocesseur a été commercialisé dans le monde. Un peu plus de 40 ans plus tard, on commence à mesurer l'impact de l'informatique et de l'internet sur l'activité humaine, il est considérable et sans précédent.

Erik Brynjolfsson, co-auteur d'un livre intitulé Race Against the Machine (La course contre la machine) qui souligne l'impact de la technologie sur l'activité humaine, explique que 60% des emplois existants aujourd'hui aux Etats-Unis consistent à traiter de l'information. Ces métiers utilisent tous à des degrès divers des machines qui font des tâches routinières et sont capables de remplacer les hommes pour une part de plus en plus importante de leur activité.

Ainsi, entre 2000 et 2010 toujours aux Etats-Unis, 1,1 million de postes de secrétaires ont disparu, tout comme 64% des emplois d'opérateurs téléphoniques, 46% des emplois d'agents de voyage et 26% des emplois de comptables. Les Etats-Unis ne sont pas un cas particulier. «Les deux-tiers des 7,6 millions d'emplois de classe moyenne qui ont disparu en Europe sont victimes de la technologie», estime l'économiste Maarten Goos de l'Université belge de Leuven.

Tout comme l'agriculture et l'industrie, les emplois intellectuels sont envahis par des machines et des systèmes. Au début des années 1800, neuf américains sur dix travaillaient dans l'agriculture. Ils sont maintenant 2%. A son apogée, l'industrie américaine employait un-tiers des salariés américains. C'est moins de 10% aujourd'hui. Le processus en cours est le même pour les emplois liés à la manipulation d'informations.

Un des pionniers de l'internet, Marc Andreessen, décrit ce phénomène en expliquant que les «logiciels mangent le monde». Il explique dans un article publié par le Wall Street Journal: «que de plus en plus d'activités économiques et d'industries fonctionnent avec des logiciels et sont devenues des services en ligne - depuis le cinéma jusqu'à l'agriculture en passant par la défense nationale». Il ajoute: «l'omniprésence des ordinateurs et de l'internet vont diviser les emplois en deux catégories: ceux des personnes qui diront aux ordinateurs ce qu'ils doivent faire et ceux à qui les ordinateurs diront ce qu'ils doivent faire».

Pendant de nombreuses années, la question s'est posée de savoir si leurs considérables dépenses et investissements en technologies de l'information rendaient les entreprises plus productives. Il leur a fallu du temps pour apprendre. Mais il n'y a aucun doute sur le fait qu'aujourd'hui les technologies de l'information permettent notamment aux multinationales d'être beaucoup plus efficaces, bien mieux gérées et réactives.

Nous commencons à comprendre aujourd'hui que les ordinateurs et l'internet sont des technologies extraordinairement disruptives et cela pour une seule raison, elles sont généralisées et utilisables et utilisées pour quasiment toutes les activités humaines affirme Peter Linert, économiste de l'Université de Californie-Davis.

L'histoire ne manque de ruptures technologiques qui ont transformé les civilisations, l'économie, le commerce. Certaines ont mis au chômage des activités et des professions entières, mais elles n'ont jamais eu la rapidité de diffusion à l'échelle planétaire des technologies de l'information. Illustration: entre 2000 et 2007, avant la crise financière et la récession, l'économie américaine a connu une croissance et des gains de productivité sans précédents depuis les années 1960. Mais les créations d'emplois n'ont pas suivi du tout le même rythme.

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