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Les gangs américains pas assez geeks pour être cybercriminels

Pamela Duboc, mis à jour le 28.03.2013 à 12 h 27

Guns etc. par Kevin Dooley via Flickr CC

Guns etc. par Kevin Dooley via Flickr CC

En Russie et en Asie, les membres de gangs prennent avantage des failles d’Internet et de la naïveté de ses usagers pour se livrer au juteux business de la cyberfraude. Du côté des gangs américains, dont la culture infuse toujours l’imaginaire global, phishing et piratage semblent être les dernières des préoccupations. C’est ce que l’on peut lire dans une étude réalisée à partir de 585 interviews, dont 418 de membres et d’anciens membres de gangs de cinq villes américaines, publiée dans Justice Quarterly.

Un des auteurs de l’étude, David Pyrooz, assistant professeur en criminologie à la Sam Houston State University, dans le Texas, a rappelé au magazine CSO, spécialisé dans la sécurité en ligne, que la majorité de ce que font les gangs est basé sur la confiance:

«L’anonymat d’Internet rend très difficile pour les gangs de faire confiance à qui se trouve de l’autre côté de l’ordinateur. Combiné avec leurs capacités technologiques, qui sont loin d’être remarquables, cela limite vraiment leur aptitude à commettre des crimes en ligne.»

Pourtant, l’étude rapporte que les membres de gangs utilisent Internet, au même titre que le reste de la population américaine. Et qu’ils en font les mêmes usages, selon leur classe d’âge: réseaux sociaux, emails, shopping en ligne, musique et vidéos.

Et ils évitent de parler business sur Internet, puisque, comme le rappelle un des participants de l’étude:

«La police y est. Il faudrait être idiot pour le faire.»

Cela ne les empêche pas de s’engager dans des activités «déviantes» en ligne, selon l’étude. 46% des membres de gangs interrogés posteraient des vidéos liées au gang sur Internet et 56% disent en regarder. Ces vidéos peuvent se présenter sous la forme de «reportages», comme Fresno Uncensored, réalisé par un rappeur de la ville californienne et montrant plusieurs de ses gangs.

Pensez à lire les commentaires, ils valent leur pesant d’or.

Mais YouTube peut également être utilisé pour directement diffuser des menaces. Le rappeur Rick Ross avait notamment annulé sa tournée en Caroline du Nord après avoir reçu des menaces des Gangster Disciples de plusieurs Etats du Sud, transmises via YouTube.

Malgré les réticences à utiliser Internet pour s’organiser, 11% des membres de gangs interrogés admettaient le faire, et 19% révélaient que leur gang a son site web. Un quart d’entre eux utilise également Google pour espionner et traquer les autres gangs.

David Pyrooz explique à CSO que les membres de gangs font typiquement la même chose en ligne «que dans la rue. Pour la plupart, les membres de gangs utilisent Internet pour s’auto-promouvoir et se faire mousser, mais cela implique également certaines formes de comportements déviants et criminels».

Des disputes en ligne peuvent notamment se transposer dans le monde réel, comme le raconte un membre de gang de Saint Louis (Missouri) mentionné dans l’étude, à propos du sort réservé à quelqu’un qui n’avait pas mesuré ses propos sur Facebook:

«Cet enculé s’est fait tirer dessus, couper en morceaux, tuer et jeter dans une poubelle. Facebook c’est un putain de truc, mec. T’oublies la vraie vie dehors.»

Les auteurs de l'étude concluent que la police devrait mieux utiliser les ressources disponibles en ligne pour combattre les gangs. Puisque la police de Philadelphie tweete déjà les fusillades et les recherches de suspects, peut-être les forces de l'ordre américaines sauront-elles exploiter la vantardise en ligne des membres de gangs.

 

Pamela Duboc
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