Culture

Pour en finir avec le hipster bashing

Annabelle Georgen, mis à jour le 28.03.2013 à 11 h 35

Hipster Graffiti via Wikimedia Commons

Hipster Graffiti via Wikimedia Commons

Pas une semaine ne passe sans que ces pauvres hipsters n'en prennent pour leur grade, que ce soit dans les bars, sur Internet ou dans les colonnes des journaux du monde entier. Et ce en particulier dans la presse allemande, où la figure du hipster berlinois flanqué de son éternel sac en toile de jute est un motif particulièrement apprécié des chroniqueurs.

Affligé par cette surenchère d'éditos sur la haine du hipster, David Hugendick, journaliste au service culture du Zeit Online, se fend d'une chronique sévère envers ses confrères:

«Chaque époque a ses mots en plastique. Des termes dont l'utilisation notoire, en particulier par les médias, rend peu à peu la signification de départ apathique, floue et vide. […] Un mot appartient absolument [au] cahier de vocabulaire bruyant du présent: le hipster. Et ce même s'il n'a jamais été clair à qui ou à quoi cela devait vraiment correspondre. Dès le début il s'agissait d'un phénomène urbain qui se soustrait à tout terme concret. […] Il n'y a qu'une seule chose qui soit claire: le hipster n'est pas apprécié. Il est devenu l'objet d'exercices de bienséance quasi-hebdomadaires où l'on s'adonne à une critique de la société. Quand il n'y a plus rien à se mettre sous la dent, le hipster est toujours là.»

Le journaliste dénonce également la posture moralisatrice, limite réac', qui se profile derrière la pratique du hipster bashing, à savoir le procès qui est fait à l'ironie, ponctué par une «incantation du sérieux» à tout bout de champ:

«Le pire chez le hipster, c'est son équivocité, sa volonté de tout voir à travers les lunettes anguleuses de l'affirmation ironique. Tous les T-shirts à licorne criards, les pantalons trop serrés, les bonnets de routiers, le look Granny et la prédilection complice pour la musique tombée dans l'oubli ou inécoutable. Oui, l'ironie! On doit à nouveau lui faire un procès! Ça a toujours été un amusant combat, que le sinistre Hegel commença autrefois avec les romantiques. Nous le savons par tradition: l'ironie est suspecte.»

Ne dites plus hipster mais altbro

Sa consoeur Lena Jakat annonce elle –ultime étape du hipster bashing?– la mort du hipster dans le Süddeutsche Zeitung. Elle prend notamment pour exemple la fermeture récente d'Hipster, une app de partage de photos encore plus hipster que ne l'est Instagram, et affirme que le hipster serait même en passe de perdre son nom, au profit d'«altbro», contraction de «alternative» et «brother».

A lire les très nombreux commentaires suscités par la chronique parue dans Die Zeit, le hipster existe pourtant encore bel et bien. La preuve: il se fait tout le temps embêter, comme en témoigne «Masaharu»:

«Je me suis entendu dire récemment dans un bar que la marque de ma veste serait une marque d'hipster! Et ce sur un ton incroyablement désobligeant, comme s'il s'agissait d'une veste Thor Steinar [boutique de vêtements portés par les néonazis, NDLR]!!! Ma veste n'a rien fait à personne! C'est pourquoi j'aimerais aussi que les gens qui apparemment n'ont pas le temps, le courage, l'intérêt et l'ambition de s'occuper de problèmes plus importants me laissent en paix.»

Annabelle Georgen
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