Culture

Kubrick voulait tourner un film sur le jazz sous le nazisme

Temps de lecture : 2 min

Stanley Kubrick painted portrait DDC_2439.JPG / Abode of Chaos Flickr CC Licence By

Stanley Kubrick était un peu comme nous, à Slate.fr, «animé d’une curiosité illimitée pour tout ce qui avait à voir de près ou de loin avec les Nazis». C’est ce que raconte Tony Frewin, qui a longtemps été l’assistant du réalisateur, dans un article de The Atlantic qui révèle un projet très peu connu du réalisateur d’Orange mécanique et de 2001, L’Odyssée de l’espace.

Selon Frewin, Kubrick souhaitait réaliser un film sur le jazz dans l’Europe occupée. Le réalisateur était constamment en recherche d’idées de scénario. Il répétait très souvent qu’il était plus facile de tomber amoureux que de trouver une bonne histoire à tourner. Et l’idée géniale lui serait venue en 1985 alors qu’il lisait l’ouvrage d’un certain Mike Zwerin, tromboniste du Queens ayant accompagné Miles Davis avant de devenir journaliste.

Dans son livre, Swing Under the Nazis, ensemble de témoignages de jazzmen pendant la guerre recueillis par l’auteur, Kubrick serait tombé sur la photo d’un officier allemand de la Luftwaffe prenant une pose décontractée au milieu de musiciens noirs, gypsies et juifs devant un club de jazz parisien…

L’homme au centre du futur scénario, l’officer allemand de la photo, aurait fait un excellent personnage kubrickien. Dietrich Schulz-Koehn était en effet grand amateur de hot swing et écrivait même un petit journal, totalement illégal et distribué sous le manteau, consacré aux scènes de jazz des villes conquises par l’armée allemande. Mais le meilleur est à venir: l’officier s’était choisi le pseudonyme de Dr. Jazz, un nom dont Kubrick avait fait le titre de son projet de scénario.

Pour son film, Kubrick avait même prévu d’utiliser un morceau de Harry James, I’ve Heard that song before, mais Woody Allen lui a volé la politesse dans Hannah et ses soeurs.

L’histoire des Nazis et du jazz s’étoffe donc d’une nouvelle anecdote, puisque Slate.fr racontait en mai 2012 que Joseph Goebbels lui-même, ministre de la Propagande du troisième Reich, avait dévéloppé… un groupe de swing nazi pour contrer le succès des orchestres anglo-saxons.

Le jazz, musique par excellence des noirs, juifs et autres gypsies, était très fermement censuré sous l’Allemagne nazie, et considéré comme de la musique «dégénérée».

Inscrivez-vous à la newsletter de SlateInscrivez-vous à la newsletter de Slate

Des textes de loi régissaient même l’usage que les Allemands devaient faire de cette musique: «La préférence doit être donnée au mode majeur et aux paroles exprimant la joie de vivre plutôt qu’aux textes judaïquement lugubres», «en aucun cas les excès négroïdes dans le tempo (appelé “hot jazz”) ou les performances solo (appelés “breaks”) ne seront tolérés […]»

Newsletters

«Les Choses humaines», portrait complexe de la culture du viol

«Les Choses humaines», portrait complexe de la culture du viol

Le nouveau film d'Yvan Attal raconte une affaire éprouvante à travers plusieurs points de vue, invitant tous les hommes à réfléchir.

«Ailleurs, partout» et «Ziyara», trajets de vie et de mémoire

«Ailleurs, partout» et «Ziyara», trajets de vie et de mémoire

Le film d'Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter invente un émouvant dispositif visuel et sonore pour faire éprouver le gouffre ouvert par les phénomènes migratoires actuels. Celui de Simone Bitton chemine parmi les traces d'un monde disparu, qui interroge le présent.

«Le Diable n'existe pas» y va vigoureusement par quatre chemins

«Le Diable n'existe pas» y va vigoureusement par quatre chemins

Le film de Mohammad Rasoulof assemble quatre récits en forme de contes contemporains pour faire éprouver comment l'usage de la peine de mort par un régime répressif contamine chacun.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio