France

Les Français boivent moins de vin: faut-il s'inquiéter?

Pamela Duboc, mis à jour le 26.03.2013 à 11 h 54

Wine Emiliano de Laurentiis via Flickr CC

Wine Emiliano de Laurentiis via Flickr CC

Hugh Schofield, correspondant pour BBC News à Paris, s’interroge: la diminution perpétuelle de la consommation de vin en France serait-elle le signe du déclin de la civilisation française?

En 1980, 81% de la population déclarait boire du vin, alors qu’il n’en restait plus que 62% en 2010. Pis encore! Les consommateurs quotidiens, qui constituaient 51% de la population française il y a 30 ans, ne sont plus que 17%.

Pour autant, il ne semblerait pas que les producteurs soient les plus inquiétés: ce déclin n’affecte pas les exportations – si la production avait reculé en France de 17% en 2012, elle augmente encore chaque année en Chine. Selon la BBC, la baisse de consommation nationale (qui d’ailleurs affecte aussi l’Italie et l’Espagne, les deux autres producteurs historiques de vin) signifierait surtout la mort de la culture traditionnelle. La civilisation française serait-elle en train de se perdre dans la course effrénée de la vie moderne qui ne laisse aucune place aux longs repas accompagnés d'une bouteille de pinard sans prétention? De plus en plus, le vin à table - qui y reste la troisième boisson derrière l'eau du robinet et l'eau en bouteille - est remplacé par jus de fruit et sodas.

D’après le journaliste britannique, certains craindraient que les valeurs françaises de convivialité et «d’appréciation des bonnes choses» de la vie ne soient remplacées par un «nouvel ordre utilitariste et hygiéno-moraliste».

Denis Saverot, rédacteur en chef de La Revue des Vins de France interviewé par la BBC, le problème est à chercher dans les campagnes de prévention pour la santé, qui diabolisent le vin:

«[les responsables de ce déclin] sont nos élites, nos technocrates bourgeois, avec leurs campagnes contre l’alcool au volant et l’alcoolisme, qui mettent le vin dans le même panier que tous les autres types d’alcool, même s’il faudrait le voir complètement différement […] de mèche avec le lobby de la santé et le politiquement correct, nos élites préfèrent garder le pays sous anti-dépresseurs et nous éloigner du vin.»

D’après un épisode de l’émission «Enquête de Santé», diffusé sur France 5, la France serait le premier consommateur d’antidépresseurs au monde, avec 200 millions de boîtes vendues par an. Pour Denis Savarot, le lien de cause à effet est évident :

«Le vin est le plus subtil, le plus civilisé, le plus noble des antidépresseurs. Mais regardez nos villages. Le bar du village a disparu, remplacé par une pharmacie.»

Malgré cela, la consommation d’alcool totale ne diminue pas. L’Organisation Mondiale pour la Santé donnait en 2005 une consommation de 13,2 litres d’alcool pur par Français de plus de 15 ans chaque année. À peine 0,2 litres de moins qu’en Irlande. En dépit de leur mauvaise réputation, les britanniques en consommeraient 2 litres de moins par année et par personne.

La Société  Française d’alcoologie comptabilisait une augmentation de 30% des hospitalisations liées à l’alcool entre 2009 et 2011, avec 400.000 séjours en 2011.

Pour la BBC, de tels cas de binge drinking seraient certainement impossibles avec le vin, puisque l’art de vivre à la française «c’est prendre son temps. Et le vin en fait partie, car avec le vin, il faut prendre son temps. On ne peut pas le descendre d’une traite.»

Pamela Duboc
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