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«Dream Football League» au Qatar: The Times reconnaît son erreur

Grégoire Fleurot, mis à jour le 18.03.2013 à 15 h 22

Image illustrant les articles des Cahiers du football et de The Times

Image illustrant les articles des Cahiers du football et de The Times

La Dream Football League n'était qu'un faux scoop. Le quotidien britannique The Times a reconnu avoir fondé un dossier de plusieurs articles sous forme de «révélation exclusive» sur les informations erronées d’une source peu fiable, mettant fin à une polémique médiatique sur les bonnes pratiques journalistiques qui aura duré cinq jours.

Retour sur les faits: mercredi 13 mars, le quotidien britannique publie un article présenté comme un scoop intitulé «Les cheiks secouent le jeu mondial» (article payant en ligne) dans lequel il détaille les plans du Qatar visant à créer une ligue fermée, appelée «Dream Football League», avec les meilleurs clubs de football européens. Un scoop accompagné d’autres articles d’analyse autour des conséquences d’un tel plan pour le football mondial.

Mais rapidement, des internautes font remarquer que le soi-disant plan du Qatar relaté par The Times ressemble très fortement à celui décrit dans un article fictif paru sur le site français Les Cahiers du football la veille. Le nom du championnat, sa date, le nombre de clubs, les sommes qui leur ont été proposées pour y participer, ainsi que le visuel de présentation sont les mêmes.

Plusieurs sites d’information britanniques et français rapportent les étranges similitudes entre l’article du Times et celui des Cahiers du football, tiré directement de l’imagination de son rédacteur en chef Jérôme Latta. Mais face aux doutes exprimés quant à la véracité de ses informations, Oliver Kay, le journaliste sportif respecté auteur du scoop, défend son article, affirmant notamment avoir obtenu ses informations d’une source fiable et ne pas s’être inspiré du faux article du magazine français.

«Les Cahiers du football n’est absolument pas la source de mon article. […] Est-ce que je risquerais ma réputation sur quelque chose comme ça? Non. […] Ce contact a été la source d’excellentes informations, particulièrement sur le PSG/le Qatar, particulièrement au cours des dernières semaines.»

Sur Twitter, Tony Evans, le chef du service des sports du journal bicentenaire, défend également l’article de son journaliste, et The Times publie le lendemain de son scoop un autre article autour de la Dream Football League. Mais après plusieurs jours de défense parfois agressive du scoop face à ceux qui remettaient en question la crédibilité d’une institution du journalisme britannique, Evans signe ce lundi 18 mars une tribune qui met fin à l’affaire, dans laquelle il concède que son journaliste a été berné par une source qu’il croyait sûre:

«Au cours des trois jours qui ont suivi la publication de l’article, il apparaît de plus en plus clairement que Kay et le journal ont été dupés. Et que les vérifications de notre bureau à Londres n’ont pas été assez rigoureuses dans la précipitation de la publication.»

Des excuses qui ne satisfont qu’en partie ceux qui avaient rapidement signalé au Times qu’il s’était peut-être fait avoir par sa source. Les Cahiers du football écrivent ainsi dans leur dernier article au sujet de l’affaire:

«Si la contrition est réelle, le lecteur n'est pas informé de la nature et des conditions de l'erreur commise. Passons sur l'absence de mention des Cahiers, très secondaire. Mais rien non plus sur les circonstances de la bourde ni sur le personnage central de l'histoire, pourtant un fabuleux client: Rob Beal, la source qui a embarqué le journal dans ses mensonges.»

Dans un autre article, Les Cahiers expliquent effectivement, en se fondant sur l’enquête en parallèle d’un blogueur basé à Toronto, que Rob Beal est un arnaqueur en série dont le hobby est de vendre de fausses informations à des journalistes sportifs et de se faire passer pour des personnes qu’il n’est pas. Conclusion des Cahiers du football, qui se sont bien involontairement fait un nom chez les amateurs de football britanniques ces derniers jours:

«Loin du fruit de la longue enquête dont le journal nous avait assuré, il semble que ce fiasco du Times résulte à la fois d'un excès de précipitation, d'un grave défaut de vérification et d'une envie de croire l'incroyable dès lors que le Qatar est impliqué.»

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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