Monde

42% des Autrichiens pensent que la vie «n'était pas si mal» sous les nazis

Grégoire Fleurot, mis à jour le 12.03.2013 à 10 h 26

Capture d'écran de YouTube

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Il y a 75 ans exactement, le 12 mars 1938, 200.000 soldats, SS et policiers de la Gestapo allemands envahissaient l’Autriche, provoquant l’annexion (anschluss) du pays à la «Grande Allemagne» et entraînant «l'exil, l'internement voire l'assassinat de l'élite artistique, intellectuelle et scientifique, en premier lieu les juifs», rappelle le quotidien suisse Le Matin.

A l’occasion de l’anniversaire de cet épisode peu glorieux de l’histoire du pays, un sondage commandé par le journal de Vienne Der Standard[1] apporte un éclairage inquiétant sur la vision du nazisme dans la société autrichienne.

Selon l’enquête d’opinion, plus de la moitié de la population (54%) estime qu’il serait «très probable» que les nazis obtiennent des sièges au parlement si le parti était à nouveau rendu légal, tandis que 42% sont d’accord avec l’affirmation selon laquelle la vie «n’était pas si mal que ça sous les nazis», rapporte le site du journal britannique The Independent.

39% des personnes interrogées pensent également qu’un retour des actes antisémites en Autriche est probable.

Le Matin rappelle que «l'immense majorité de la population, comme l'Eglise catholique qui fait aussitôt acte d'allégeance au Führer», avait accueilli «avec enthousiasme les troupes nazies» à leur arrivée en Autriche, tandis que le pays a subi en quelques mois un exil spectaculaire de ses élites dont «le fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, le peintre Oskar Kokoschka, les écrivains Stefan Zweig, qui se suicidera au Brésil en 1942, Robert Musil, Ödon von Horvath et Franz Werfel, les cinéastes Billy Wilder, de son vrai nom Samuel Wilder, et Fritz Lang, l'acteur Peter Lorre, les chefs d'orchestre Bruno Walter et Josef Krips, les artistes lyriques Richard Tauber, Alexander Kipnis, Jan Kiepura, Lotte Lehmann et Elisabeth Schumann, le photographe Erich Lessing» ainsi qu’une kyrielle de scientifiques.

Mais selon le sondage, 46% des Autrichiens pensent que l’Autriche a été une victime de l’oppression nazie en 1938, reflétant un mythe qui a longtemps été perpétué dans le pays. Il a fallu attendre 1994 pour que le chef de l'Etat Thomas Klestil reconnaisse dans un discours devant le Parlement israélien la responsabilité de l'Autriche dans les atrocités nazies.

[1] Sondage réalisé par téléphone sur 502 adultes.

Grégoire Fleurot
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