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Les momies aussi avaient beaucoup trop de cholestérol

une momie égyptienne du IIIe-IIe s. av. J.C. au Louvre. dada via Wikimedia Commons.

une momie égyptienne du IIIe-IIe s. av. J.C. au Louvre. dada via Wikimedia Commons.

L’athérosclérose n’est pas une maladie apparue à la fin du deuxième millénaire avec les chips et les sodas. On a en effet retrouvé sur 137 momies les stigmates de cette maladie due au mauvais cholestérol et qui se caractérise par des plaques d'athérome qui obstruent progressivement la lumière des artères.

Cette information médicale et historique vient d’être présentée au congrès annuel de l’American College of Cardiology, organisé à San Francisco. Elle est simultanément publié dans The Lancet et rapportée par le Quotidien du médecin (payant).

Cette publication originale pourrait mettre à mal le concept d’athérosclérose en tant que reflet pathologique d’un certain mode de vie occidental moderne. Le fait de la retrouver à travers quatre mille ans d’histoire ainsi que dans des ethnies géographiquement et culturellement très éloignées laisse désormais penser qu'elle est belle et bien inhérente à l’espèce humaine.

Une étude baptisée Horus

Baptisée Horus, du nom de l’une des plus anciennes divinités égyptiennes, l’étude internationale à l’origine de cette information a été menée par une équipe de dix-sept chercheurs dirigée par le Dr Randall C. Thompson (Université du Missouri — Kansas City School of Medicine).

Ces chercheurs ont pu, au total, examiner au scanner les corps entiers de 137 momies issues de quatre régions géographiques différentes et plus de quatre millénaires: momies égyptiennes (3100 av. J.-C. à 364 après J.-C.), momies péruviennes (900 av J.-C. à 1500 de notre ère), momies d’indiens pueblos (1500 av J.-C. à 1500 après J.-C.) et momies d’Unangan d’Alaska (1756 à 1930 de notre ère).

La pratique du scanner corps entier a permis de procéder à la recherche de calcifications vasculaires, permettant soit d’authentifier l’athérosclérose (lorsque la structure artérielle persistait), soit (lorsqu’elle avait disparu) de parler d’athérosclérose probable en présence de plaques calcifiées restées présentes à l’emplacement exact des lits artériels. Près d’un tiers des momies examinées présentaient des signes d’athérosclérose certaine ou probable. Les lésions concernaient l’aorte (20%), les axes ilio-fémoraux (18%), les carotides (12%) et les coronaires (4%).

Des études préalables avaient déjà mis en évidence une proportion significative de sujets athéromateux parmi les momies égyptiennes. On pouvait alors l’expliquer par le statut socio-économique: seuls les membres de l’élite de la Haute Egypte bénéficiaient de la pratique de la momification et on pouvait tenir pour acquis qu’ils jouissaient d’une alimentation plus riche (notamment en acides gras saturés) que leurs contemporains des classes inférieures. On peut également imaginer qu’ils avaient un mode de vie plus sédentaire que ces derniers.

Les mystères de l’athérosclérose

Or, cette argumentation ne vaut plus pour les autres groupes, pour lesquels la momification résulte de conditions de conservations locales et correspond, de ce fait, à des échantillons plus représentatifs de la population générale. Tous ces groupes étaient très différents dans le temps et dans l’espace, mais aussi du point de vue génétique, climatique et culturel.

Les modes de vie, les sources alimentaires et les méthodes de cuisson différaient aussi: les Péruviens étaient des agriculteurs/éleveurs, les indiens Pueblos des agriculteurs/cueilleurs ne disposant pas d’animaux domestiques et les Unangans des chasseurs/cueilleurs ne connaissant pas l’agriculture. Tous avaient vraisemblablement une activité physique assez intense, une caractéristique généralement considérée aujourd’hui comme un facteur protecteur contre la maladie athéromateuse.

Pour les auteurs de cette publication, le fait de retrouver des pourcentages d’athérosclérose aussi élevés chez des cultures pré-modernes aussi variées fournit une certitude: on est encore bien loin d’avoir saisi tous les mystères des mécanismes impliqués dans cette affection. Peut-être faut-il dès maintenant, à la lumière de ces enseignements de l’Antiquité, revoir nos conceptions actuelles.

Reconsidérer notamment l’importance accordée au mode de vie (dépense physique et alimentation) dans la genèse de cette pathologie directement à l’origine de très nombreuses maladies cardiovasculaires. Ces nouvelles interrogations ne doivent en aucune façon laisser penser que le cholestérol est une fatalité et qu’en avoir trop de «mauvais» ne nécessite pas de se soigner. Quelle que soit l’époque, le risque principal demeure: celui de la mortalité prématurée.  

J.-Y.N.

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