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Sur Internet, les commentaires haineux et agressifs influencent l'opinion des internautes

Les flots de colère, de moqueries, voire (selon la modération appliquée) d'injures qui accompagnent désormais quasiment tout article sur Internet influent-ils sur l’opinion que se font les internautes sur un sujet? Pour mesurer les conséquences néfastes de l’incivilité numérique, des chercheurs ont publié sur le Journal of Computer-Mediated Communication les résultats d’une expérience en ligne.

Après avoir créé un blog, les chercheurs ont écrit un article purement fictif mais crédible sur une technologie émergente, liée aux nanotechnologies, en détaillant les bénéfices attendus d’une telle invention et les risques qu'elle impliquait. L’équipe a ensuite inventé des commentaires de lecteurs.

Dans une première version de l’article, toute la gamme des opinions, du scepticisme à l’enthousiasme, était représentée, mais la forme de ces commentaires restait polie. Sur une autre version du même article, les commentaires écrits par les chercheurs avaient une tonalité beaucoup plus agressive: obscénités, insultes entre commentateurs…

Puis un échantillon de 2.338 lecteurs a été exposé à l’une ou l’autre de ces deux versions. Si les lecteurs ayant parcouru la version civilisée ont conservé leur opinion initiale sur le sujet, qu'elle soit plutôt technophile ou plus sceptique vis-à-vis de la science, ceux qui ont lu la version débridée se sont fait une opinion plutôt pessimiste vis-à-vis de la technologie présentée. En résumé, la tonalité des commentaires, et non leur seul contenu, influence la perception que se font les lecteurs des risques associés à une technologie.

Pour Meghan Daum, éditorialiste au Los Angeles Times, cette étude est la preuve longtemps attendue d’une intuition ancienne: la capacité de penser par soi-même et de se forger sa propre opinion est mise à mal par le type d’échanges que privilégie le net, le trolling. Rappelons que le troll n’est pas un commentateur doué de sens critique, mais un individu qui, sur un sujet donné, écrit volontairement, pour provoquer, un commentaire déplaisant, peu étayé et surtout à côté de la plaque.

Pour citer un exemple célèbre, repéré par Terry Devitt sur le site de l’université de Wisconsin-Madison, le troll viendra commenter toute étude scientifique et tout résultat d’expérience en assénant la formule définitive:

«Je me demande combien d’argent du contribuable on a utilisé pour réaliser cette pseudo-étude»

Le plus grave, poursuit Meghan Daum, est sans doute que cette culture du conflit et cette dépendance aux avis extérieurs inhibe les jeunes auteurs et les étudiants, qui ont du mal à se lancer dans un article sur un sujet controversé sans anticiper les réactions épidermiques des commentateurs.

Pire, ils lisent rarement un article sans passer les commentaires en revue avant de se forger une opinion personnelle… L’idée de lire, d’écouter ou de voir et de s’en contenter, sans avoir besoin de toute la masse des commentaires de la foule, est devenu difficilement imaginable, conclut-elle.

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