Monde

Les Américains ont organisé un vaste réseau de torture en Irak

Grégoire Fleurot, mis à jour le 07.03.2013 à 13 h 57

Des policiers irakiens avec un détenu suspecté d'appartenir à al-Qaïda, le 8 juillet 2007 à Baquba. REUTERS/Helmiy Al Azawi.

Des policiers irakiens avec un détenu suspecté d'appartenir à al-Qaïda, le 8 juillet 2007 à Baquba. REUTERS/Helmiy Al Azawi.

Alors que ce mois de mars marque le dixième anniversaire de l’invasion américaine en Irak, The Guardian et BBC Arabic révèlent après une enquête de quinze mois à laquelle plus d’une douzaine de journalistes ont contribué que les Etats-Unis ont fait appel à un vétéran des «guerres sales» d’Amérique centrale pour mettre au point une force de police de contre-insurrection en Irak, qui a torturé des suspects dans plus de dix centres de détention secrets à travers le pays.

Les révélations se concentrent autour du colonel James Steele, qui a mené la contre-insurrection au Salvador et au Nicaragua dans les années 1980, et de son rôle dans l’entraînement et la gestion d’une police spéciale irakienne. Le Guardian affirme que Steele et son collègue le colonel Coffman, un autre vétéran des forces spéciales, ont organisé un vaste programme de torture dans le but d’obtenir des renseignements d’hommes suspectés de terrorisme avec l’accord et le soutien des plus hautes personnalités de l’armée américaine, notamment le général David Petraeus (qui a récemment démissionné de la tête de la CIA à cause d’une liaison avec sa biographe) et l’ancien secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld.

Selon le quotidien britannique, le programme était financé par de l’argent public américain et opérait avec l’aide des membres de plusieurs milices radicales chiites qui torturaient leurs détenus. Un général irakien impliqué, Muntadher al-Samari, affirme que les deux colonels américains «savaient tout de ce qui se passait là-bas, […] les pires sortes de torture.»

Les articles du Guardian sont accompagnés d’interviews vidéo de plusieurs témoins et d’un documentaire d’une heure. Au total, le journal a interviewé six victimes de tortures et trois soldats qui confirment avoir livré des détenus à la force spéciale, ainsi que plusieurs haut gradés irakiens. Un soldat américain du 69e régiment resté anonyme a confié au journal:

«C’était comme les nazis… comme la Gestapo en gros. Ils [les commandos] torturaient tous ceux qu’ils avaient une bonne raison de suspecter […] et les gens étaient au courant.»

Le New York Times souligne que cette nouvelle enquête accablante fait partie d’une série de révélations toujours plus dérangeantes autour de la guerre en Irak au cours des derniers mois:

«Si les médias américains ont été largement perçus comme loin d’être sceptiques à l’approche de la guerre, le retour de bâton dix ans plus tard est retentissant.»

De plus en plus de militaires, d’analystes et de médias, même dans le camp républicain, considèrent désormais la guerre en Irak comme une des pires erreurs stratégiques américaines des dernières décennies. 

Grégoire Fleurot
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