Monde

Il y a trente ans, les Verts révolutionnaient la politique allemande

Annabelle Georgen, mis à jour le 06.03.2013 à 17 h 09

Joshka Fischer lors d'une conférence de presse, en 1983. Lothar Schaack via Wikimedia Commons.

Joshka Fischer lors d'une conférence de presse, en 1983. Lothar Schaack via Wikimedia Commons.

Cheveux longs, baskets et pulls en laine: le 6 mars 1983, les Verts allemands faisaient une entrée fracassante au Bundestag, rompant avec 25 ans de politique dominée par le trio formé par la CDU, le SPD et le FDP.

Avec 5,6% des voix, les militants de cet «anti-parti» né trois ans plus tôt remportaient 27 sièges au Bundestag. Parmi eux, des noms restés célèbres: Joschka Fischer, Otto Schily, l'avocat de la co-fondatrice de la RAF Gudrun Ensslin, ou encore la charismatique Petra Kelly...

Pour les 2 millions d'Allemands qui ont voté pour eux, c'était le signe d'un changement radical dans la vie politique allemande, comme le rappelle le quotidien de gauche Berliner Zeitung:

«Rien que l'arrivée des Verts, lors de la première séance plénière du Bundestag après les élections, était une pure provocation. Ils apportèrent des fleurs, mais aussi des petits sapins dévorés par les pluies acides.»

La députée au Bundestag Marieluise Beck, 60 ans, se remémore les premières semaines après l'élection pour Der Spiegel, qu'elle décrit comme «un chaos plus ou moins productif»:

«Dans le dénommé HT 12 —une pièce aménagée à la hâte dans l'aile réservée à l'administration du Bundestag allemand—, nous délibérions ad infinitum. Parce qu'il n'y avait pas de direction qui équilibrait les revendications en concurrence, pas de hiérarchie qui faisait régner la discipline.

La constitution du groupe s'est étalée sur des semaines, de 14 heures jusqu'à dans la nuit. Il y a eu de rudes combats autour de sièges très convoités dans les commissions, en particulier celles de la Défense et de l'Environnement —il s'agissait de sauver le monde, rien moins que ça.»

Les Verts ont alors permis à des problématiques jusqu'alors confinées au sein des mouvements contestataires, telles que la protection de l'environnement, la lutte contre le nucléaire et le pacifisme, d'entrer dans le débat politique. Leur façon de penser la politique était également totalement nouvelle, fait remarquer le Berliner Zeitung:

«Une grande partie de ce que les Pirates, trente ans plus tard, voulaient à nouveau apporter dans la culture politique, comme s'il s'agissait d'une nouveauté, était une évidence chez les Verts: démocratie directe, présence publique, transparence, rotation des fonctionnaires et des élus.»

Mais les Verts eux aussi ont vieilli, se sont embourgeoisés et se sont coupés d'une partie de leurs électeurs au cours des deux dernières décennies, notamment quand ils ont pris la décision, en 1999, d'envoyer des troupes au Kosovo, comme le rappelle le site de la chaîne de radio et de télévision Deustche Welle. Comme l'écrit le Berliner Zeitung avec une pointe d'amertume:

«Ils ne ressemblent aujourd'hui plus que de très loin au parti qui ébranlait l'establishment politique il y a trente ans. Aujourd'hui, ils en font tout simplement partie, et vu de l'extérieur on ne peut plus les différencier. »

Annabelle Georgen
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