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Le sexe «interracial» est-il le dernier tabou du porno américain?

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 06.03.2013 à 11 h 58

Lost in the street / Newtown graffiti via FlickrCC license by

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Y aurait-il encore des tabous dans l’industrie pornographique américaine? A en juger par les rubriques des sites spécialisés, qui alternent pratiques de niche (fétichisme du pied, bondage japonais) scenarios originaux (en entretien d’embauche, dans la rue, à la maison, à trois, à douze, à cinquante) et catalogue de la diversité humaine (les noirs, les asiatiques, les blondes, etc.), l’affaire ne saute pas aux yeux.

Et pourtant, écrit Aurora Snow, actrice et réalisatrice de films pour adultes et chroniqueuse pour The Daily Beast, un tabou existe bien dans le milieu: ce que les américains appellent le sexe «interracial».

«Quand j’ai commencé à travailler dans l’industrie des films pour adultes il y a douze ans, écrit l’actrice, l’une des choses les plus déstabilisantes que m’a demandé mon agent était de savoir si je “faisais de l’interracial”». «Tu fais les noirs?», a même précisé l’agent devant la perplexité de son actrice.

Même si selon la plus grande étude jamais réalisée sur les actrices X, «Deep Inside», 53% des actrices ont joué dans une scène de sexe mixte, là où seuls 18% des Américains sont en couple (hétérosexuel) mixte, dans la vraie vie, les relations sexuelles entre noirs et blancs aux Etats-Unis restent une question sensible.

Le site people TMZ a consacré récemment une vidéo en faveur de l’égalité raciale dans le porno. Dans cette séquence tournée sur le mode de la dérision, on apprend qu’une célèbre actrice américaine, Alexis Texas, primée pour ses talents par l’industrie, n’a jamais couché avec un noir malgré une filmographie qui compte pourtant plus de 100 long-métrages.

Selon la liste d’actrices de l’agence LA Direct Models, poursuit Aurora Snow, seules 20% des actrices acceptent de jouer des scènes inter-raciales.

La question est donc: pourquoi?

Les actrices sont encouragées par leurs agents et les décideurs du porno à éviter de tourner dans certaines scènes, faute de quoi leur longévité dans le business s’en ressentirait. Selon une opinion répandue dans le milieu, les femmes qui acceptent l'interracial sont moins bien payées, tout comme celles qui pratiquent le sexe anal. Une idée reçue selon la réalisatrice, puisque plus une actrice a une liste étendue de tabous, moins elle pourra accepter de projets. Par ailleurs, la plupart des actrices qui gagnent le Performer of the Year, équivalent porno de l'Oscar de la meilleure actrice, ont fait de l'interracial...

Autre raison invoquée par Aurora Snow, le fait que beaucoup de ces jeunes actrices viennent de petites villes américaines: certaines verraient pour la première fois un noir dans le cadre de leur travail dans le porno… Reste l’excuse la plus surréaliste relatée par l’auteur: pour justifier leur refus de tourner dans des scènes interraciales, certaines actrices font valoir que cela déplairait à leurs familles. Qu’on imagine au demeurant ravies de les savoir actrices porno à l’intérieur de leur groupe ethnique!

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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