Monde

La Russie et les Etats-Unis s’allient pour protéger les ours polaires

Pamela Duboc, mis à jour le 05.03.2013 à 17 h 47

La Russie et les Etats-Unis, deux des cinq pays où vivent les ours polaires, proposent d’interdire le commerce international des peaux, fourrures et autres dérivés de ces animaux menacés d’extinction.

D’après le New York Times, la proposition est examinée à la conférence des partis de la Convention sur le commerce international d’espèces menacées de la faune et de la flore sauvage, qui se tient à Bangkok jusqu'au 14 mars 2013. Les Etats-Unis et la Russie proposent de faire bénéficier les ours polaires du plus haut degré de protection offert par la convention.

D’après les documents apportés par les Etats-Unis en amont de la conférence, l’exportation légale de peaux, fourrures et autres dérivés représentait 700 à 800 ours polaires sauvages tués ou retirés de leur milieu chaque année. Ceci équivaut à 3-4% de la population mondiale des ours polaires, estimée à 20 ou 25.000 individus.

Le retour de Vladimir Poutine au pouvoir pourrait expliquer ce changement de direction pour la Russie, qui avait voté non à la même proposition des Etats-Unis à la dernière conférence en 2010. Le président russe se met régulièrement en scène interagissant avec des animaux «sauvages», pour éveiller, selon lui, les consciences à la protection de la nature. Une expédition en Arctique, à laquelle il avait aidé à placer une balise sur un ours polaire, avait d’ailleurs été très largement médiatisée lorsqu’il était Premier ministre.

Le Canada (où vit 60% de la population mondiale d’ours polaires) et le Danemark, tutelle du Groenland, s’opposent formellement à l’interdiction du commerce. La Norvège, qui compte environ 3000 ours dans la région de Svalbard et est le 3e exportateur derrière le Canada et le Groenland, n’a pas encore annoncé son intention de vote. En 2010, elle avait suivi le Canada et voté non à la proposition américaine. La chasse à l'ours polaire est pourtant complètement interdite en Norvège. Les pays opposants à l'interdiction de chasse argumentent qu'elle fera peu pour protéger l'ours polaire, qui l'est déjà par l'accord de protection des ours polaires de 1973, mais affectera très négativement les communautés inuit qui n'ont pas d'autre moyen de subsistance.

L’Union européenne contrôle quant à elle le plus large bloc de votes (27) à la conférence et propose des alternatives à l’interdiction formelle du commerce. Les 27 pays membres de l'UE sont, après le Japon, les plus grands importateurs de produits issus des ours canadiens. Ces alternatives pourraient ne pas être suffisantes devant l’urgence de la situation et les Etats-Unis s’y opposent.

Interviewé par le New York Times, Nikita Ovsyannikov, directeur de la réserve russe sur l’île de Wrangel, à l’extrême est de la Sibérie, et présent à la conférence de Bangkok, considère que la «situation actuelle est catastrophique parce que les ours polaires sont impactés de tous les côtés.» Il a ajouté que, même dans les sanctuaires, la population des ours s’affaiblit, avec des taux de reproduction plus bas et une mortalité accrue.

Le réchauffement climatique, en abaissant le niveau des glaces à des niveaux record, élimine l’habitat naturel des ours, ce qui rend ceux qui survivent plus susceptibles de s’approcher des zones habitées et donc plus faciles à chasser. Imposer des restrictions sur la chasse locale est très délicat, tant elle peut s’avérer substantielle pour les communautés de ces régions. Les ours polaires sont chassés autant pour la viande et l’exportation, que pour les loisirs. Les touristes, souvent américains, qui viennent chasser dans les villages inuits canadiens pourraient rapporter jusqu’à 35.000$ (26.000€) par ours tué lors de leur séjour.

Pamela Duboc
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