Life

La pomme de terre de la Grande Famine irlandaise remise en vente

Pamela Duboc, mis à jour le 04.03.2013 à 14 h 21

Boy and Girl at Cahera, Illustrated London News, 20 Février 1847.

Boy and Girl at Cahera, Illustrated London News, 20 Février 1847.

La pomme de terre dont la pénurie a tué plus d’un million d’Irlandais au milieu du 19e siècle, et en a fait immigrer 1 million de plus, est de retour après plus de 170 ans d’absence. A nouveau cultivée en Irlande du Nord, la tristement célèbre «Irish Lumper» sera en vente dans les rayons de Marks & Spencers, peut-on lire sur The Irish Times.

Une épidémie de mildiou, maladie parasitaire, avait décimé les cultures de cette variété de pomme de terre, que l'on cultivait particulièrement dans les régions les plus pauvres d’Irlande. La très faible variété génétique des cultures d’Irish Lumper, due à la multiplication des plants par bouturage (qui équivaut à du clonage), ne leur avait offert aucune chance de résistance au mildiou. La dévastation des cultures de cette pomme de terre, associée à la passivité du gouvernement et à une politique ultra-libérale qui a permis aux marchands de continuer à exporter, notamment des céréales, a mené à la Grande Famine d’Irlande entre 1845 et 1852.

Outre sa sombre histoire, cette pomme de terre était également réputée pour son «goût horrible» et sa «texture savonneuse», selon Michael McKillop, directeur de l’entreprise agricole Glens of Antrim Potatoes, qui a relancé la culture de l’Irish Lumper. Après en avoir fait pousser quelques-unes, il aurait été «stupéfié par leur bon goût».

Pourtant, Alan Romans, auteur du livre The Potato Book, avait prophétisé en 2009 auprès du Telegraph que «personne ne mangerait [l’Irish Lumper] aujourd’hui. Cela montre à quel point les Irlandais étaient démunis et déterminés à survivre».

La pomme de terre sera vendue prélavée et emballée dans des sachets dans les magasins Marks & Spencers pendant trois semaines seulement, le temps, selon The Irish Times, d’écouler la récolte.

Si le goût ne s’avère pas à la hauteur, la curiosité et une certaine nostalgie pourraient cependant permettre à la Irish Lumper de devenir star des cuisines, pour un temps au moins. En 1995, le quotidien de Washington The Ellensburg Daily Record avait fait état de l’arrivée de l’Irish Lumper sur le marché américain et plus particulièrement sur la côte Est, où une grande partie de la diaspora Irlandaise est installée.  Dans l’article, Tom Stones, le microbiologiste à l’origine du projet, racontait avoir apporté quelques pommes de terre dans un pub irlandais, que «les clients avaient mangées crues» en se souvenant «de leurs ancêtres». Certains auraient même versé une larme.

Pamela Duboc
Pamela Duboc (60 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte